Le système éducatif congolais traverse-t-il sa plus grave crise de gouvernance ? Alors que des centaines de milliers d’élèves reprennent le chemin des classes, une question lancinante hante les salles de professeurs : comment enseigner dans un environnement aussi délétère ? La Synergie des syndicats des enseignants de la RDC a tiré la sonnette d’alarme, samedi 31 janvier à Kinshasa, lors d’une assemblée générale extraordinaire, dressant un bilan accablant des dysfonctionnements éducation RDC qui paralysent littéralement le secteur.
Au cœur des préoccupations, un processus de mise à la retraite qualifié de « bancal et irrégulier ». « La procédure initiée par les ministères de l’Éducation nationale depuis 2021 envoie les enseignants à la mort », a dénoncé avec virulence Jean-Bosco Puna, secrétaire général de la Synergie. Imaginez le scénario : après des décennies de service, un enseignant apprend qu’il est à la retraite… par un collègue ou par l’absence soudaine de son nom sur la liste de paie. Aucune notification officielle, aucune préparation psychologique ou financière. Cette mise à l’écart brutale, vécue comme un abandon par l’État, est-elle la digne récompense d’une vie dédiée à la formation des jeunes Congolais ?
Le malaise ne s’arrête pas là. Dans les poches des enseignants encore en activité, un autre problème creuse un fossé d’amertume. Une perte d’environ 20 000 francs congolais est régulièrement constatée sur les fiches de salaire. Cette ponction mystérieuse, qui grève un revenu déjà modeste, s’ajoute à un autre contentieux brûlant : la gestion de la prime de gratuité. Instaurée pour compenser la suppression des frais scolaires dans le primaire, cette prime est, selon les syndicats, distribuée de manière « discriminatoire » depuis près de cinq ans. Certains la perçoivent, d’autres non, créant des injustices flagrantes et sapant le moral des troupes. Comment espérer une éducation de qualité quand les enseignants, piliers du système, sont démoralisés par des pratiques aussi opaques ?
Ces problématiques internes surviennent dans un contexte budgétaire pour le moins alarmant. Il y a à peine deux semaines, la même Synergie s’est insurgée contre la réduction du budget éducation nationale. La part allouée à ce secteur prioritaire est passée de 14% à 12% entre les exercices 2025 et 2026. Une baisse qui, en valeur absolue, se traduit par moins de moyens pour les écoles, moins de matériel pédagogique, et in fine, une dégradation des conditions d’apprentissage. Cette décision politique envoie-t-elle un signal contradictoire, alors que les autorités ne cessent de vanter l’importance de l’école pour l’avenir du pays ?
L’accumulation de ces griefs – retraite chaotique, salaires amputés, prime discriminatoire, budget en baisse – peint le tableau d’un secteur en souffrance. Les syndicats enseignants, unis au sein de cette synergie, ont passé en revue ce qu’ils appellent des « dysfonctionnements sans précédent ». Leur constat est sans appel : la gouvernance du système éducatif est paralysée. Cette paralysie a un nom, un visage : celui de l’enseignant qui ne sait pas de quoi demain sera fait, et celui de l’élève dont l’avenir se joue dans des classes surchargées et sous-équipées.
Quels sont les enjeux futurs ? La situation actuelle pose une question fondamentale de justice sociale et de vision à long terme. L’éducation est le socle du développement d’une nation. En laissant pourrir les conditions de travail de ses formateurs, l’État prend le risque immense de sacrifier une génération entière. La colère des syndicats n’est pas qu’un cri corporatiste ; c’est un avertissement solennel. La balle est désormais dans le camp des autorités. Une reprise du dialogue social transparent, une rationalisation des procédures administratives et, surtout, un respect des engagements financiers envers les enseignants et le secteur sont-ils encore possibles ? L’avenir de l’école congolaise, et par extension celui de la RDC, dépendra de la réponse apportée à cette crise multiforme. Le temps n’est plus aux diagnostics, mais aux actions concrètes pour sauver l’éducation de la faillite morale et organisationnelle qui la guette.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
