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À Walikale, la bataille pour le pouvoir coutumier fait des victimes

Jean-Baptiste, cultivateur dans le groupement de Bakano, se souvient amèrement du jour où son champ de manioc a été saisi par des partisans d’un chef coutumier rival. “Ils sont venus avec des machettes, disant que cette terre appartenait à leur lignée depuis des générations. Moi, j’y travaille depuis vingt ans. Qui croire ?”, témoigne-t-il, les yeux empreints de désespoir. Comme lui, des centaines de familles des secteurs de Wanianga et Bakano, dans le territoire de Walikale au Nord-Kivu, sont prises en étau entre des conflits de pouvoir coutumier et des litiges fonciers qui ravivent les tensions communautaires.

Ces conflits, souvent latents, sont aujourd’hui l’un des facteurs majeurs d’insécurité dans cette partie de la République Démocratique du Congo. La racine du mal ? Une contestation profonde de la légitimité des autorités traditionnelles. Dans de nombreux villages, plusieurs prétendants se disputent le droit de diriger une même entité, créant des fractures au sein des populations. Ces rivalités, héritées parfois d’anciennes querelles, fragilisent la cohésion sociale et alimentent un climat de méfiance persistante. Comment une communauté peut-elle prospérer lorsque ses propres leaders se déchirent ?

Sur le terrain, les différends dégénèrent régulièrement en affrontements violents. Partisans de chefs opposés s’affrontent à coups de pierres, de bâtons, et parfois d’armes blanches. Des vies sont perdues, des maisons incendiées, et des populations entières contraintes de fuir. Les conflits fonciers, intimement liés à ces enjeux de pouvoir, ajoutent de l’huile sur le feu. Les limites des collines, la propriété des terres agricoles, le contrôle des ressources locales : tout est prétexte à dispute. À Walikale, la terre n’est pas seulement un moyen de subsistance ; elle est un symbole d’autorité et de prestige.

Face à cette recrudescence, la Commission consultative de règlement des conflits coutumiers (CCRCC) avoue son impuissance relative. “Nous sommes débordés par le nombre de dossiers. Chaque jour, de nouveaux litiges nous parviennent”, confie un de ses membres sous couvert d’anonymat. Les séances de médiation se multiplient, mais butent sur la complexité des cas, l’absence de documents officiels et, souvent, la politisation des revendications. Les anciens, garants de la tradition, peinent eux-mêmes à s’accorder sur l’histoire et les droits de chacun.

Dans le secteur des Wanianga, une lueur d’espoir apparaît. Le chef de secteur a initié un projet ambitieux de recensement participatif des collines et de leurs responsables. L’objectif ? Identifier de manière consensuelle les propriétaires légitimes, clarifier les limites territoriales et établir une base de données fiable sur l’organisation coutumière locale. Cette initiative, présentée comme un outil de prévention des conflits, pourrait, si elle aboutit, réduire les contestations récurrentes et jeter les bases d’une paix sociale durable. Mais le chemin est semé d’embûches.

Le succès de ce recensement dépendra en effet de l’adhésion réelle des communautés. Dans un climat de défiance, convaincre chaque partie de s’asseoir à la même table relève du défi. La transparence du processus sera cruciale, de même que l’accompagnement effectif des autorités administratives et judiciaires. Sans un soutien ferme de l’État, ces efforts locaux risquent de rester lettre morte.

Au-delà de Walikale, ces conflits coutumiers et fonciers posent une question fondamentale : comment concilier traditions ancestrales et nécessités de gouvernance moderne dans un Congo en quête de stabilité ? La réponse n’est pas simple, mais elle passe incontestablement par la reconnaissance des droits des populations, la justice équitable et la participation inclusive. Tant que les communautés de Walikale seront divisées par des guerres de chefs, le développement restera un rêve lointain. Il est temps que le dialogue l’emporte sur la violence, pour que des hommes comme Jean-Baptiste puissent retrouver leurs champs et, avec eux, leur dignité.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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