Le président de la République démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, s’apprête à effectuer une visite officielle cruciale à Abou Dhabi, capitale des Émirats arabes unis. Cette démarche diplomatique, confirmée par des sources gouvernementales, vise à sceller un partenariat stratégique entre les deux nations, avec un accent particulier porté sur le secteur minier congolais. Une équipe d’avance est déjà sur place pour finaliser les préparatifs de cette rencontre de haut niveau avec le président émirati, Mohamed bin Zayed Al Nahyan.
Cette visite s’inscrit dans une dynamique de rapprochement constant initiée par Kinshasa depuis 2019. Le chef de l’État congolais, qui se rend régulièrement aux Émirats à titre privé, a fait de ce pays du Golfe un partenaire privilégié. Les discussions prévues devraient aboutir à la signature de plusieurs protocoles d’accord, consolidant ainsi une coopération bilatérale multiforme que les deux capitales cherchent à approfondir. La délégation congolaise, comprenant plusieurs ministres, a pour mandat de transformer les intentions en engagements concrets.
Le secteur extractif constitue le cœur des négociations. Les Émirats arabes unis sont perçus par les autorités congolaises comme une plaque tournante majeure pour l’or en provenance de l’est de la RDC, une région minée par la contrebande et l’instabilité. L’objectif affiché est de canaliser ces flux vers des circuits formels et transparents. Cette ambition n’est pas nouvelle. En juillet 2023, un partenariat minier avait déjà été signé avec une délégation émiratie, concernant l’exploitation avec la Société aurifère du Kivu et du Maniema (Sakima), pour un projet estimé à plus de 1,9 milliard de dollars. La visite actuelle pourrait permettre d’accélérer la mise en œuvre de ce projet et d’en annoncer de nouveaux.
Mais la feuille de route est plus vaste. Lors d’une précédente rencontre en novembre 2025 à Kinshasa avec le ministre d’État émirati Sheikh Shakhboot Nahyan Al Nahyan, les deux parties avaient abordé des domaines de coopération sensibles. La lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme via l’échange de renseignements financiers figurait en bonne place, tout comme la collaboration entre les banques centrales. Un accord de libre-échange, dont la finalisation était espérée avant fin 2025, et l’organisation d’un forum économique dédié étaient également à l’ordre du jour. Les échanges commerciaux, en hausse de 27% entre 2023 et 2025, témoignent du potentiel à exploiter.
Au-delà des mines et de la finance, la coopération envisagée s’étend aux infrastructures, un secteur clé pour le développement de la RDC. La ratification d’un accord de services aériens, ainsi que des projets de construction de deux ports secs et de routes dans le corridor de Lobito par le groupe Abu Dhabi Ports sont dans les cartons. Des investissements pour les ports de Matadi et de Boma ont également été évoqués. En parallèle, une collaboration entre les académies diplomatiques des deux pays est en discussion, visant à renforcer les capacités en matière de relations internationales.
Cette offensive diplomatique vers Abou Dhabi soulève plusieurs questions. Marque-t-elle un rééquilibrage de la politique étrangère économique congolaise, traditionnellement tournée vers l’Occident et la Chine ? L’implication des Émirats, avec leurs capitaux et leur expertise logistique, peut-elle apporter une stabilité et une formalisation tant attendues dans le secteur minier congolais, surtout dans l’Est ? Les observateurs notent que les Émirats arabes unis cherchent à diversifier leurs alliances et leurs investissements en Afrique, et la RDC, avec son immense potentiel, représente un partenaire de choix.
La réussite de cette visite officielle Tshisekedi Émirats se mesurera à la capacité des deux parties à traduire les intentions en actions tangibles. Les défis sont de taille : garantir que les investissements profitent réellement à l’économie congolaise, assurer la transparence des contrats miniers, et veiller à ce que la collaboration en matière de sécurité financière lutte efficacement contre les trafics. Les attentes sont grandes à Kinshasa, où l’on espère que ce partenariat RDC Émirats arabes unis ouvrira une nouvelle ère de développement mutuel et de gestion plus rationnelle des immenses ressources naturelles du pays.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
