Dans la pénombre des ateliers ancestraux du Kasaï, où le rythme des navettes tisse la mémoire d’un peuple, les motifs géométriques des tissus Kuba murmurent des récits millénaires. Vendredi 30 janvier, un souffle nouveau a traversé ces héritages fragiles : la ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine, Yollande Elebe, a officiellement signé un arrêté ministériel historique. Cet acte solennel consacre la reconnaissance et la protection des motifs et tissus Kuba comme patrimoine culturel national de la République démocratique du Congo. Une décision qui, au-delà de l’encre administrative, redonne une voix à un langage visuel trop longtemps silencieux.
Cet arrêté, annoncé lors du Conseil des ministres, n’est pas un simple sceau bureaucratique. Il incarne une promesse : celle d’une protection juridique robuste et d’une déclaration d’origine incontestable. Les formes géométriques codées, ces arabesques de raffia qui ont influencé Picasso et toute une génération d’artistes modernes, sont désormais ancrées dans le droit congolais. Comment, en effet, préserver l’âme d’une nation sans en sécuriser les symboles ? La question, longtemps en suspens, trouve aujourd’hui une réponse institutionnelle forte, portée par la volonté de la ministre Yollande Elebe de transformer ces trésors en actifs stratégiques.
Le porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya, a souligné la portée multidimensionnelle de cette reconnaissance culturelle en RDC. « Cette décision est cruciale », a-t-il affirmé, « car elle préserve un langage visuel ancestral, affirme avec force l’identité culturelle congolaise et soutient matériellement les communautés d’artisans, ces gardiens discrets du savoir-faire. » L’objectif est clair : stimuler l’économie locale via les filières du tourisme et de la mode, tout en assurant la transmission de ces savoirs uniques. Les tissus Kuba patrimoine n’est plus une simple expression, mais une réalité économique et culturelle en construction.
La ministre Yollande Elebe culture une vision ambitieuse : faire passer la RDC de la spoliation culturelle à la souveraineté patrimoniale. Pendant des décennies, les motifs Kuba ont été admirés dans les musées étrangers, souvent détachés de leur contexte et de leur génie créateur congolais. Désormais, l’arrêté vise à repositionner le pays comme une référence africaine en matière de protection des savoirs traditionnels. Il s’agit de reprendre la narration de son propre héritage, de transformer ces motifs en ambassadeurs d’une créativité vivante et maîtrisée.
Cette reconnaissance ouvre un champ des possibles immense. Le ministère de la Culture prépare déjà les dossiers nécessaires pour une inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO, une démarche qui porterait la singularité des motifs Kuba sur la scène internationale. Cette étape serait l’aboutissement d’un long processus de réappropriation et de valorisation. Imagine-t-on l’impact d’une telle consécration pour les artisans du Kasaï, pour qui chaque motif est une lettre d’un alphabet sacré ?
Au-delà de la protection, c’est une renaissance qui s’amorce. Les motifs Kuba, avec leurs losanges, leurs zigzags et leurs croisillons, ne sont pas de simples ornements. Ils sont une cartographie de l’histoire, une grammaire des émotions et des statuts sociaux. En les érigeant en patrimoine culturel national, la RDC ne conserve pas seulement des techniques ; elle active la mémoire collective, elle revitalise un pan entier de son imaginaire. Cette décision résonne comme un acte de résistance culturelle et un investissement dans l’avenir.
Entre les mains des tisseuses, le raffia continue de danser. Mais désormais, leur geste est soutenu par la loi, leur art reconnu par la nation. La reconnaissance culturelle RDC, incarnée par cet arrêté, est plus qu’une politique publique : c’est un hommage rendu à la persistance du beau, à la résilience d’un patrimoine qui a survécu aux turbulences de l’histoire. En protégeant les motifs Kuba, le Congo ne se penche pas seulement sur son passé ; il tisse résolument la toile de son futur.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
