Dans un geste d’une importance capitale pour une région en proie à des violences continues, l’Hôpital général de référence de Pinga, au cœur du territoire de Walikale dans le Nord-Kivu, a reçu un appui vital du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Cet établissement de santé, en première ligne face aux conséquences des affrontements, est désormais équipé de kits de stabilisation des blessés, un don qui pourrait faire la différence entre la vie et la mort pour de nombreux patients civils et militaires.
La situation sur le terrain était, jusqu’à présent, extrêmement précaire. Le médecin chef de la zone de santé de Pinga ad intérim, le Dr Théophile Muka, a dépeint un tableau alarmant. Imaginez un hôpital devant gérer un afflux constant de victimes de guerre, mais contraint de fonctionner avec des ressources dérisoires. Les médicaments, achetés sur les fonds propres de l’institution, se révélaient largement insuffisants pour répondre à l’ampleur des besoins. Cette réalité obligeait souvent les praticiens à des transferts périlleux vers des structures plus éloignées, comme la ville de Beni, risquant d’aggraver l’état de patients déjà critiques.
Alors, que représente concrètement cet apport du CICR à Pinga ? Ces kits de stabilisation sont bien plus qu’une simple dotation en matériel. Ils constituent une trousse de premiers soins avancés, spécialement conçue pour les contextes de conflit. Ils permettent aux équipes médicales sur place d’intervenir immédiatement sur les blessures graves, de contrôler les hémorragies, de stabiliser l’état d’un patient avant une éventuelle évacuation. En somme, ils offrent une fenêtre d’opportunité cruciale, ces premières minutes et heures où les soins appropriés sauvent des vies et préviennent des complications irréversibles.
Le Dr Muka l’a affirmé avec un espoir mesuré : la qualité de la prise en charge des blessés va « sensiblement s’améliorer ». Cette amélioration n’est pas anodine dans une zone comme le Nord-Kivu, théâtre d’incessants combats entre les rebelles de l’AFC/M23 et les forces gouvernementales. Chaque affrontement génère son lot de victimes, créant une pression humanitaire constante sur des infrastructures sanitaires déjà vulnérables. L’hôpital de Pinga se trouve ainsi au centre d’une véritable tempête, devant soigner sans discrimination les victimes de cette crise humanitaire qui mine la région.
Mais cet appui, aussi vital soit-il, soulève une question essentielle : est-il suffisant face à l’ampleur de la crise ? Le plaidoyer du Dr Muka pour la « permanence de cet appui » révèle la nature fragile et temporaire de ce répit. Les kits de stabilisation sont consommables ; une fois utilisés, ils doivent être renouvelés. La crise humanitaire au Nord-Kivu, avec son cortège de déplacés et de blessés, exige une réponse durable et coordonnée. L’intervention du CICR à l’hôpital Pinga est une bouée de sauvetage, mais elle ne peut, à elle seule, résorber le naufrage.
Que doit-on retenir de cette nouvelle ? D’abord, l’action concrète et indispensable d’organisations humanitaires comme le CICR dans des zones d’ombre où l’État peine à assurer ses prérogatives régaliennes. Ensuite, la résilience extraordinaire du personnel soignant congolais qui, malgré des conditions proches de l’impossible, continue d’exercer son devoir. Enfin, et surtout, l’urgence d’une solution politique et sécuritaire à la crise du Nord-Kivu. Car tant que les armes parleront, les besoins en kits de stabilisation, en médicaments et en soutien pour des hôpitaux comme celui de Pinga resteront criants. La prise en charge des blessés de guerre en RDC dépend autant de la paix que de la médecine.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
