Dans le cœur tourmenté de l’Ituri, où les échos des conflits ont longtemps étouffé les voix de la concorde, une lueur nouvelle perce à l’horizon médiatique. Vendredi 30 janvier, un geste concret a scellé une ambition longtemps caressée : le gouverneur de province a lancé les travaux de construction du bâtiment qui abritera la toute première chaîne de télévision officielle de la région. Cet édifice, destiné à devenir le siège de la Radiotélévision nationale congolaise (RTNC) en Ituri, se dessine bien plus comme un phare pour la cohésion sociale que comme un simple ensemble de pierres et de ciment. Dans une province encore sous le poids d’un état de siège, la naissance de cet outil de communication publique résonne comme un acte de foi en la puissance pacificatrice des mots et des images.
Le projet, d’une modernité assumée, prévoit l’érection d’une structure de neuf pièces. Au-delà du studio de télévision proprement dit, qui constituera le poumon créatif de l’antenne, prendront place une salle de rédaction, lieu de fermentation des idées et de l’information, ainsi que des bureaux administratifs. Paradoxe saisissant : un émetteur de 300 watts, symbole de la capacité à diffuser, attendait sagement dans un coin, rendu muet par l’absence criante d’infrastructures pour l’accueillir. La construction studio télévision Bunia vient donc combler un vide technique, mais aussi, et surtout, un vide symbolique.
L’élan inaugural de ce chantier porte en lui une beauté singulière, celle d’une mobilisation interne née d’une conviction profonde. Les agents de la RTNC Ituri, conscients de l’urgence historique, ont puisé dans leurs propres ressources, souvent modestes, pour cotiser et permettre le démarrage des travaux de fondation. Cet acte de solidarité dit beaucoup de la soif d’un média public fort, capable de porter un récit commun dans une région meurtrie. « Nous appelons tous les fils et toutes les filles de l’Ituri à s’approprier cette vision. C’est une étape historique pour doter notre province de sa propre chaîne », a affirmé Benx Katonji Mubengwa, directeur provincial de la RTNC. Son plaidoyer sonne comme un appel à l’unité autour d’un projet fédérateur.
Comment, en effet, ne pas voir dans cette première chaîne télévision Ituri un instrument cardinal pour la pacification Ituri par les médias ? Les autorités militaires elles-mêmes y voient un vecteur essentiel pour restaurer l’autorité de l’État et promouvoir une cohabitation pacifique entre les communautés. Dans un paysage informationnel parfois fragmenté, la voix claire et officielle de la RTNC pourrait offrir un cadre de dialogue et de compréhension mutuelle. Ne serait-ce pas là le premier pas vers une réconciliation durable, où chaque citoyen se reconnaîtrait dans un récit télévisuel partagé ?
Le gouvernement provincial a promis de prendre le relais du financement télévision provinciale RDC, assurant ainsi la continuité des travaux après l’effort initial des agents. Cependant, le chemin vers l’antenne est encore jalonné de défis financiers. Le coût global est estimé à 120 000 dollars américains, une somme qui appelle à la solidarité élargie. Le directeur provincial lance ainsi un appel aux autres partenaires de l’État pour boucler le budget nécessaire. Déjà, la MONUSCO a apporté une contribution précieuse en dotant le futur média de panneaux solaires, garantissant une autonomie énergétique face aux coupures récurrentes de courant à Bunia. Cette aide technique esquisse les contours d’une collaboration internationale attentive aux enjeux locaux.
Entre les murs en construction de ce studio, c’est tout un avenir qui se prépare. Un avenir où l’information, produite localement, servira de ciment social. Un avenir où les images diffusées depuis Bunia raconteront non seulement les défis, mais aussi les espoirs d’une Ituri en quête de paix durable. Cette aventure médiatique, née de la volonté d’hommes et de femmes engagés, dépasse la simple installation technique ; elle incarne une vision, celle d’une province qui se réapproprie son destin par le pouvoir fédérateur de l’audiovisuel. L’antenne, quand elle s’allumera, ne sera pas seulement un signal hertzien, mais le reflet d’une communauté qui choisit de se parler et de se reconstruire, image après image.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
