Alors que la gratuité de l’enseignement a considérablement augmenté les effectifs scolaires en République Démocratique du Congo, une question cruciale persiste : comment garantir que chaque enfant bénéficie d’un enseignement de qualité ? La réponse pourrait bien se trouver dans la professionnalisation des enseignants, un chantier prioritaire auquel le gouvernement vient d’apporter une pierre angulaire majeure. Ce jeudi 29 janvier, à Kinshasa, la ministre d’État de l’Éducation nationale, Raïssa Malu, a officiellement validé un ensemble de documents cadres destinés à structurer et à revaloriser la carrière des enseignants des six premières années de l’éducation de base. Cet événement, plus qu’une simple formalité administrative, marque une étape décisive dans la réforme éducation primaire en RDC.
Organisée au Pullman Grand Hôtel sous l’égide du ministère et avec l’appui technique de l’UNESCO, cette cérémonie de validation a rassemblé les principaux acteurs du secteur. L’ambition ? Offrir au système éducatif congolais des outils concrets pour transformer l’accès à l’école en une promesse réelle de réussite. Comme l’a souligné le représentant de l’UNESCO, Dr Isaias Barreto da Rosa, « aucune réforme éducative ne peut réussir sans des enseignants compétents, bien formés, motivés et valorisés ». Un constat qui sonne comme le leitmotiv de cette initiative majeure.
Mais en quoi consistent exactement ces cadres de formation enseignants tant attendus ? Cinq documents essentiels ont reçu le quitus des autorités. Ils couvrent l’ensemble du parcours professionnel d’un enseignant, depuis sa formation initiale jusqu’à son perfectionnement continu. Parmi eux, on trouve le cadre de référence pour la mise en œuvre des Humanités Pédagogiques Rénovées (HPR), la politique nationale de la formation continue, un cadre national de certification, un cahier des charges pédagogique et un manuel de procédures. Ces textes forment une architecture cohérente visant à faire de l’enseignement un « métier hautement qualifié, structuré et reconnu », selon les termes de l’UNESCO.
La ministre Raïssa Malu éducation a présenté ces outils comme des « engrenages vitaux » du moteur stratégique de l’école congolaise. Dans une allocution percutante, elle a insisté sur la portée transformative de cette réforme. « Si la gratuité de l’enseignement a ouvert les portes de l’école, ces cadres transforment cet accès en une promesse de réussite réelle », a-t-elle affirmé. L’objectif est clair : il ne suffit plus d’avoir un diplôme pour enseigner, il faut désormais suivre un parcours de formation rigoureux et continu, validé par une certification nationale. Le cadre de certification, notamment, est envisagé comme un levier pour une gestion des ressources humaines basée sur le mérite et les compétences.
Pour les milliers d’enseignants du primaire, quel changement concret cela représente-t-il ? Imaginez un instituteur qui, après sa formation initiale rénovée, bénéficierait d’un accompagnement continu tout au long de sa carrière. Ses compétences seraient régulièrement évaluées et certifiées, ouvrant la voie à des perspectives d’évolution. Les établissements de formation eux-mêmes devront se conformer à un cahier des charges strict, garantissant des standards environnementaux et matériels de qualité. Cette vision d’une trajectoire professionnelle « fluide et cohérente », de l’entrée en fonction jusqu’aux plus hauts niveaux, constitue une petite révolution dans un secteur souvent marqué par la précarité.
L’UNESCO RDC éducation, partenaire clé du projet EFFICACE dans lequel s’inscrit cette réforme, a salué un processus « participatif, inclusif et fondé sur l’expertise nationale ». Cette validation confère ainsi une légitimité nationale incontestable aux documents, les érigeant en références officielles. Cependant, la route est encore longue. La ministre Raïssa Malu l’a elle-même reconnu en appelant à une mise en œuvre « rigoureuse et sans délai ». « L’excellence de notre système ne se mesurera pas à la qualité de ces documents, mais à la transformation réelle de nos salles de classe », a-t-elle martelé. Le défi est maintenant de traduire ces belles orientations en actions sur le terrain, dans chaque province, chaque territoire, chaque école.
Cette réforme ambitieuse de la professionnalisation enseignants RDC s’inscrit dans le cadre plus large du Plan quinquennal 2025-2029 du ministère. Elle répond directement à l’Objectif de Développement Durable n°4 (ODD4) qui vise une éducation de qualité pour tous. En structurant la formation et la carrière des maîtres du primaire, le gouvernement espère améliorer durablement les apprentissages des élèves et, à terme, relever le niveau global de l’école congolaise. La validation de ces cadres n’est donc pas une fin, mais un commencement. Le véritable travail, celui de la formation, de l’équipement et du suivi, commence maintenant. La réussite de cette entreprise dépendra de l’engagement de tous : État, partenaires techniques, formateurs, et bien sûr, des enseignants eux-mêmes, premiers artisans de la qualité éducative.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
