Créé en 2023 et placé sous l’égide directe de la Présidence de la République, le Conseil National de Cyberdéfense (CNC) s’est progressivement immiscé dans l’arène sécuritaire congolaise par une série d’interpellations ciblant des officiers supérieurs des FARDC, des acteurs politiques et des figures de l’opposition. Dans un contexte où la République Démocratique du Congo fait face à une guerre d’agression à l’Est, soutenue par le Rwanda via le M23, ces arrestations politiques Congo soulèvent des questions brûlantes sur l’équilibre entre sécurité nationale et respect de l’État de droit. Le gouvernement joue-t-il sa crédibilité en autorisant une structure de cyberdéfense à se transformer en instrument de contrôle politique ?
Alors que les arrestations se multipliaient discrètement, la vague récente touchant des cadres du PPRD et des gradés de l’armée a fait déborder le vase. L’opinion publique et la classe politique s’émeuvent désormais ouvertement de ces méthodes. La Voix des Sans Voix pour les Droits de l’Homme (VSV) a rompu le silence ce jeudi 29 janvier, exprimant une « profonde préoccupation » face à cette dérive. Son directeur exécutif, Rostin Manketa, a déploré lors d’un point de presse que « la plupart de ces interpellations et arrestations se font sans que la procédure en la matière ne soit respectée comme cela se ferait dans un État de droit ». Une critique cinglante qui met en lumière le décalage entre les discours officiels et les pratiques sur le terrain.
La VSV droits de l’homme ne conteste pas le principe de poursuites pour atteinte à la sûreté de l’État. Cependant, l’organisation insiste sur le cadre légal impératif. « La VSV n’est pas contre les interpellations justifiées, fondées des personnes par les services de sécurité si et seulement si tout se fait dans le cadre de l’intérêt général ne frisant ainsi aucun règlement des comptes au profit des particuliers », a martelé Manketa. Cette précision vise directement le Conseil National de Cyberdéfense RDC, dont les opérations nocturnes, souvent sans mandat et sans identification des agents, s’apparentent à des enlèvements pour de nombreuses famelles. Le trauma infligé aux proches est décrit comme une « torture psychologique », sapant la cohésion sociale en pleine crise sécuritaire.
Sur le plan politique, la stratégie est risquée. Alors que le pays tente de mobiliser toutes ses forces pour contrer l’avancée du M23 dans le Kivu, les CNC arrestations d’anciens hauts responsables et d’opposants créent des fissures au sein de l’appareil d’État. La VSV rappelle que les autorités devraient « faire preuve d’une extrême prudence dans leurs faits et gestes afin de consolider les efforts déployés pour la restauration de la paix ». En d’autres termes, ces pratiques pourraient affaiblir la légitimité du gouvernement dans un moment critique. La guerre M23 droits humains impose une unité nationale ; or, des actions perçues comme arbitraires divisent et discréditent.
Juridiquement, le mandat du CNC semble être interprété de manière extensive. L’ordonnance de création lui confie la coordination de la cyberdéfense et du cyber renseignement, sans mention explicite de pouvoirs d’arrestation. Cette extension opérationnelle pose un problème de fond : une structure autonome, rattachée à la Présidence, outrepasse-t-elle ses prérogatives au détriment des institutions judiciaires ? Les dérives potentielles menacent l’équilibre des pouvoirs et pourraient, à terme, saper la confiance dans les institutions. La communauté internationale, attachée au respect des libertés fondamentales, observe avec vigilance cette évolution.
Les implications internationales ne sont pas négligeables. La VSV alerte sur le fait que toute violation des droits humains pourrait « refroidir certaines relations internationales, au grand dam de la population congolaise ». Dans un pays où le soutien extérieur est crucial pour faire face à l’agression à l’Est, le respect des normes démocratiques devient un enjeu de politique étrangère. Les partenaires de la RDC pourraient conditionner leur aide au respect de l’État de droit, mettant ainsi le gouvernement face à ses contradictions.
Face à cette situation, la VSV appelle à une humanisation des procédures. « Il est plus que temps d’humaniser les conditions d’interpellation ou d’arrestation », insiste l’ONG, listant des mesures concrètes : présenter un mandat, respecter les délais de garde à vue, informer de motifs, et cesser les interpellations aux heures indues. Ces recommandations visent à réconcilier sécurité et droits fondamentaux, une équation essentielle pour la stabilité du pays.
En définitive, le pouvoir congolais navigue en eaux troubles. En tolérant que le Conseil National de Cyberdéfense agisse comme une police parallèle, il prend le risque de fragiliser sa propre autorité et de compromettre les efforts de paix. La restauration de l’État sur l’ensemble du territoire passe aussi par le respect des procédures légales. Le prochain enjeu sera de savoir si les autorités sauront infléchir leur cap, ou si elles persisteront dans une logique de répression dont les conséquences politiques pourraient être amères. La balle est désormais dans le camp du gouvernement, qui doit choisir entre la raison d’État et la tentation autoritaire.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
