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Michael Disanka à Kinshasa : entre kasala et sacré féminin, le théâtre congolais interroge

Dans l’écrin culturel de l’Institut Français de Kinshasa, l’air semble chargé de paroles en suspens et de mémoires en mouvement. Le dramaturge, metteur en scène et acteur Michael Disanka y a planté le décor d’une résidence artistique intense, un laboratoire où le théâtre congolais contemporain pulse au rythme de questions ancestrales et de formes renouvelées. Portée par la compagnie D’art d’art, cette immersion créative, dans le cadre du programme Focus d’Art-d’Art, a été le théâtre de deux naissances scéniques majeures, dévoilant la profondeur et l’audace d’une création en pleine effervescence.

Le programme Focus d’Art-d’Art se conçoit comme un pont tangible entre Mbanza-Ngungu et Kinshasa, un trait d’union entre la mémoire et la création actuelle. Cette résidence artistique Kinshasa incarne une vision engagée des arts vivants, où la scène devient agora pour le dialogue et la transmission. Durant ce mois de janvier, l’espace s’est transformé en un creuset où Michael Disanka a affiné l’âme de deux œuvres distinctes, tout en ouvrant ses portes à quatre jeunes artistes avides d’apprendre les arcanes de la mise en scène, de la régie et du jeu.

La première, « Je suis l’acteur de la poésie de ma mère », est un solo où Michael Disanka se fait canal, corps résonnant d’une voix qui n’est plus tout à fait la sienne. Sur les planches, son corps évolue dans un cercle restreint, comme contraint par le poids sacré de la parole héritée. Il ne raconte pas, il incarne. La pièce puise sa sève dans la tradition du kasala théâtre, ce poème d’éloge et de lamentation kasaïen, pour explorer une mémoire familiale liée aux soubresauts de l’histoire congolaise. La poésie transmise par sa mère, disparue il y a quatre ans, n’est pas un simple texte ; c’est une présence, une vibration qui traverse le temps. Disanka, en acteur de la poésie de sa mère, ne parle pas à sa place, mais avec les échos de sa voix, créant une cérémonie intime où chaque spectateur devient témoin d’une transmission fragile. Ce solo constitue le troisième volet d’une trilogie entamée avec « Sept Mouvements Congo », une œuvre qui rappelle que certaines histoires se portent mieux qu’elles ne se racontent.

La seconde pièce, « Neci Padiri », frappe par son questionnement frontal, presque subversif : et si Dieu était une femme ? Cette interrogation, lancinante, parcourt les quatre-vingt-dix minutes du spectacle comme un leitmotiv philosophique. Sur scène, trois hommes et une femme, vêtus de soutanes et de nudités partielles, débattent, chantent, s’affrontent. Ils ne sont pas des personnages, mais des incarnations d’idéologies, des archétypes d’un monde où le patriarcat se sent menacé. La comédienne Précieuse Lumengo y impose une présence électrique, déployant par l’énumération des figures féminines bibliques une contre-histoire, une archive des oubliées. La pièce, mise en scène par Michael Disanka, refuse les conclusions faciles ; elle préfère l’instabilité fertile du doute, utilisant la musique et les langues multiples pour creuser une faille dans nos certitudes. Elle interroge, sans relâche, la place du féminin dans le sacré et la coutume, faisant de la scène un espace de friction salutaire.

Ces deux soirées, le 21 et le 24 janvier, ont marqué les temps forts de cette résidence, révélant la diversité du travail de Michael Disanka. Mais l’aventure ne s’arrête pas aux murs de Kinshasa. Le Focus d’Art-d’Art prolonge son voyage à Mbanza-Ngungu, du 28 au 30 janvier, avec le spectacle musical « Mboka Tulendo », bouclant ainsi un cycle placé sous le signe du partage intergénérationnel. Cette itinérance artistique souligne une volonté de décentrer la création, de la faire circuler entre la capitale et l’intérieur du pays.

Quel est le rôle du théâtre aujourd’hui en République Démocratique du Congo ? Les œuvres présentées lors de cette résidence offrent une réponse nuancée : il est à la fois gardien de mémooires intimes, comme avec le kasala réactivé par Disanka, et caisse de résonance des grandes questions sociétales, à l’image du provocant « Neci Padiri ». Cette résidence artistique à Kinshasa aura été bien plus qu’une simple étape de travail ; elle aura été un manifeste pour un théâtre conscient, exigeant, qui ne craint pas d’ouvrir des brèches dans l’imaginaire collectif. En mêlant transmission et expérimentation, Michael Disanka et le Collectif d’Art-d’Art dessinent les contours d’une scène congolaise résolument vivante, où chaque représentation est une invitation à penser, à ressentir, et à se souvenir autrement.

Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd

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Yvan Ilunga
Yvan Ilunga
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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