La forêt du Virunga, poumon vert de la République Démocratique du Congo, est en train de suffoquer sous les assauts des tronçonneuses illégales. Depuis le dimanche 25 janvier, l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) mène une opération musclée pour démanteler les réseaux d’exploitation illicite de bois et de charbon de bois dans le secteur nord du Parc National des Virunga. Sur l’axe Beni-Kasindi, les gardes du parc, appuyés par les services de sécurité, interceptent sans relâche motos et camions chargés de makala et de planches provenant des zones protégées. Une véritable guerre du bois qui, si elle vise à sauver un écosystème en péril, attise les braises de la colère parmi les populations riveraines.
Pour l’ICCN, cette intervention est une question de survie. Bienvenu Bwende, chargé de communication, justifie l’opération par l’urgence écologique : « La carbonisation et la coupe de bois sont strictement interdites dans les aires protégées. Nous devons faire taire les bruits des tronçonneuses qui deviennent assourdissants, surtout dans la vallée de la Semuliki où la déforestation atteint des proportions alarmantes. Détruire le parc, c’est fragiliser notre écosystème et nous exposer au dérèglement climatique. » L’objectif est double : décourager les acteurs de ces pratiques et restaurer l’autorité de l’État dans une zone où les groupes armés profitent souvent de ce commerce illicite.
Pourtant, sur le terrain, l’opération bois charbon de l’ICCN est loin de faire l’unanimité. La Société civile du Congo (SOCICO), antenne de Beni, dénonce des « tracasseries » contre les petits exploitants et transporteurs. Les chefs locaux craignent une escalade des tensions et plaident pour une approche plus inclusive. « Il faut un dialogue entre les agriculteurs, les exploitants de bois et l’ICCN, insiste un leader communautaire. La recherche de solutions durables est cruciale pour offrir des alternatives économiques à ceux qui dépendent de la forêt pour leur survie. Une délimitation claire des zones d’exploitation autorisées éviterait aussi les conflits récurrents. »
Le conflit entre conservation et populations Virunga n’est pas nouveau. Le Parc National des Virunga, classé patrimoine mondial, est une réserve de biodiversité exceptionnelle, mais il est aussi situé dans une région où la pauvreté pousse de nombreuses familles à exploiter illégalement ses ressources. La déforestation Semuliki est un symptôme criant de ce dilemme : comment protéger la nature sans nuire aux hommes ? L’exploitation illicite de bois alimente un marché noir lucratif, souvent contrôlé par des acteurs violents, ce qui complexifie davantage la tâche des conservateurs.
L’opération actuelle de l’ICCN met en lumière les limites d’une approche purement répressive. Si elle permet de saisir des cargaisons et de dissuader quelques trafiquants, elle risque d’envenimer les relations avec les communautés locales, pour qui le bois et le charbon représentent souvent l’unique source de revenus. Faut-il sacrifier la forêt pour la survie des hommes ? La question, rhétorique, appelle à une réflexion plus profonde. La conservation de la nature en zone de conflit exige une stratégie multidimensionnelle, alliant fermeté contre les réseaux criminels et soutien aux moyens de subsistance alternatifs.
Les mots-clés comme « bois illégal Parc Virunga » ou « Parc National des Virunga exploitation illicite » résonnent tristement dans ce débat. L’ICCN, par son opération, tente de prendre le problème à la racine, mais sans un accompagnement social et économique, les tronçonneuses recommenceront à vrombir dès que les gardes tourneront le dos. La déforestation n’est pas qu’une menace écologique ; c’est un cercle vicieux où la pauvreté nourrit la destruction, qui à son tour aggrave la pauvreté.
En conclusion, l’urgence de protéger le Virunga est indéniable. Mais pour que cette protection soit efficace et durable, elle doit s’inscrire dans un dialogue authentique avec les populations riveraines. Des initiatives de reboisement, des projets d’agriculture durable ou d’écotourisme pourraient offrir des perspectives viables. L’État congolais et ses partenaires doivent investir dans ces alternatives, car sans elles, chaque opération répressive ne sera qu’un pansement sur une blessure béante. La forêt du Virunga mérite mieux ; les Congolais aussi.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
