Une onde d’émotion, palpable et silencieuse, a traversé la pièce au moment où l’icône de la rumba, Jeannot Bombenga, a reçu des mains de la ministre Yolande Elebe ce petit rectangle de plastique bien plus qu’un simple formulaire. Ce fut un geste chargé d’une poésie sociale profonde, une reconnaissance tangible pour une vie entière dédiée à l’enchantement des âmes. La remise symbolique de cette première carte de santé ne sonne pas seulement comme une formalité administrative ; elle résonne comme l’acte de naissance d’une nouvelle ère pour la communauté artistique congolaise, longtemps laissée en marge des filets de la protection sociale.
Derrière l’image forte du doyen souriant, c’est tout un pan de l’histoire culturelle de la RDC qui est honoré. Jeannot Bombenga, dont la voix a accompagné des générations, incarne cette mémoire vivante dont la valeur a trop souvent été cantonnée aux applaudissements, sans considération pour les vulnérabilités de l’existence. Ce moment, orchestré par Yolande Elebe, dépasse donc l’anecdote pour devenir un symbole politique puissant. Ne s’agit-il pas, enfin, de passer des discours aux actes concrets ? Le gouvernement, par cette action, semble répondre par l’affirmative, posant une première pierre essentielle à l’édifice de la dignité des créateurs.
Cette initiative s’ancre dans une vision plus large, celle portée par le Fonds d’Assistance Sociale aux Artistes et Écrivains Congolais, le Fonds d’Assistance Sociale Artistes (FASAEC). Instrument longtemps attendu, ce fonds se veut l’outil opérationnel d’une ambition : bâtir un système de protection sociale artistes congolais résilient. Il traduit une volonté de structurer un secteur culturel florissant mais fragile, en lui offrant les assises institutionnelles qui lui manquaient cruellement. Comment envisager l’épanouissement de la création lorsque l’ombre de la précarité sanitaire plane en permanence sur ses acteurs ? La mise en œuvre du FASAEC, accélérée par cette remise publique, apporte un début de réponse.
Le cadre légal de cette révolution silencieuse trouve son origine dans le décret portant Statut de l’artiste, signé en juin 2025. Ce texte, pilier juridique, offre enfin une définition et des droits à ceux qui font vibrer l’âme de la nation. La carte de santé n’en est que la matérialisation la plus directe et la plus personnelle. Elle est le sésame qui ouvre l’accès à des soins, promettant de soulager les angoisses face à la maladie pour des milliers de musiciens, comédiens, plasticiens ou écrivains. Ce n’est pas un cadeau, mais la juste rétribution d’une contribution nationale inestimable.
L’action de Yolande Elebe, en ciblant en premier lieu un monument comme Jeannot Bombenga, envoie un message clair à toute la profession. Elle honore le passé pour mieux sécuriser l’avenir. Ce geste, empreint de respect, dit aux jeunes talents qu’une carrière artistique en RDC peut, désormais, s’envisager avec une certaine sérénité. La culture n’est plus perçue comme un simple divertissement, mais comme un patrimoine stratégique dont les gardiens méritent sécurité et considération. La ministre, par ce rituel symbolique, a su transformer une procédure administrative en un acte de haute portée culturelle et humaine.
Le chemin reste long, certes. La généralisation de cette couverture à l’ensemble des artistes RDC constitue un défi logistique et financier de taille. Pourtant, cette première étape, aussi modeste paraisse-t-elle, a le parfum d’une victoire historique. Elle marque un tournant dans la relation entre l’État et ses créateurs. Désormais, la mélodie de la rumba, la puissance d’une toile ou la force d’un texte peuvent s’écrire avec une inquiétude de moins. La protection sociale devient ainsi l’instrument d’une liberté nouvelle, permettant à la création congolaise de s’épanouir pleinement, à l’abri du besoin le plus criant. N’est-ce pas là la condition sine qua non pour qu’une culture continue de rayonner, forte et fière ?
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Eventsrdc
