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Téléphone portable et journalisme en RDC : la thèse qui révèle le modèle TéJoCo

La salle des professeurs Kitima de l’Université des sciences de l’information et de la Communication (UNISIC) a connu un moment fort de la recherche académique ce samedi 24 janvier. Sous le regard attentif d’un jury d’éminents professeurs, Guillaume Kingh Farel a brillamment soutenu sa thèse de doctorat, obtenant la mention grande distinction. Cet événement ne marque pas seulement l’aboutissement d’un parcours personnel, mais ouvre une fenêtre critique sur l’évolution d’une profession en pleine mutation. Comment le téléphone portable, cet objet banalisé, est-il en train de redéfinir les fondamentaux du métier de journaliste en République Démocratique du Congo ?

Intitulée « Pratiques journalistiques du téléphone portable en milieu médiatique congolais : une approche sociocognitive », cette thèse doctorale de 400 pages plonge au cœur des réalités quotidiennes des rédactions. Pour le chercheur, aujourd’hui docteur, l’appareil a transcendé sa fonction originelle : « Aujourd’hui, le téléphone mobile dépasse largement le cadre des simples appels vocaux. Il intègre Internet, la photographie, la vidéo, la géolocalisation, l’enregistreur vocal… un instrument indispensable dans la sphère professionnelle ». Son constat est clair : l’outil est désormais central pour la collecte, le traitement et la diffusion rapide de l’information.

Mais derrière cette évidence technologique se cache une question plus profonde, celle qui a guidé l’ensemble des travaux : comment cet usage façonne-t-il les pratiques journalistiques en RDC et influence-t-il la performance professionnelle ? Pour y répondre, Guillaume Kingh Farel a mené une enquête d’envergure auprès de 420 journalistes à Kinshasa, entre juillet et novembre 2024, croisant méthodes qualitatives et quantitatives. Son approche, résolument sociocognitive, articule la sociologie des usages, la psychologie cognitive et la communicométrie pour décortiquer le phénomène.

Les résultats sont éloquents et vont au-delà du simple constat d’usage. L’étude démontre que le téléphone portable n’est pas un simple outil passif. Il structure activement le travail, redéfinissant les compétences nécessaires et sollicitant des capacités cognitives spécifiques. L’analyse, s’appuyant sur la taxonomie de Bloom, révèle que ce ne sont pas les fonctions techniques basiques qui font la différence, mais bien les capacités de synthèse et de mémorisation/stockage. En d’autres termes, c’est la manière dont le cerveau du journaliste utilise et organise l’information via l’outil qui détermine l’efficacité.

De cette recherche rigoureuse émerge une contribution majeure : le modèle TéJoCo (Téléphone portable, Journalisme, Cognition). Ce modèle explicatif établit un lien causal clair entre trois étapes : l’usage initial de l’appareil, son apprentissage, puis son appropriation complète. Cette séquence influence directement la mobilisation des fonctions cognitives et, in fine, la performance journalistique mobile. Le modèle offre ainsi une grille de lecture précieuse pour comprendre les inégalités de maîtrise et d’efficacité observées sur le terrain.

L’ambition pratique de la thèse ne s’arrête pas là. Elle a également conduit à l’élaboration d’un outil novateur : l’Indice de maîtrise du téléphone portable dans les pratiques journalistiques (IPJ-TP). Cet indice ouvre des perspectives concrètes pour la profession. Ne pourrait-il pas servir de base pour des formations continues mieux ciblées, adaptées aux réalités cognitives du métier moderne ? Pourrait-il permettre aux rédactions d’évaluer plus objectivement les compétences de leurs équipes ? Les implications pour l’amélioration de la qualité de la production médiatique congolaise sont substantielles.

La soutenance, présidée par le professeur Vicky Elongo, a donc validé bien plus qu’un travail universitaire. Elle a acté la pertinence d’une réflexion essentielle pour l’avenir des médias en RDC. Alors que le paysage informationnel se digitalise à grande vitesse, comprendre la relation intime entre le journaliste, son outil principal et ses processus mentaux n’est pas un luxe académique, mais une nécessité. Les travaux de Guillaume Kingh Farel, 29ème docteur de l’école doctorale de l’UNISIC, posent les bases d’une adaptation raisonnée et performante des pratiques journalistiques au Congo à l’ère numérique. La balle est désormais dans le camp des écoles de journalisme et des rédactions pour s’emparer de ces conclusions et en faire des leviers d’amélioration.

Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd

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Yvan Ilunga
Yvan Ilunga
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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