Le secteur agricole du Kongo-Central vient de sceller une alliance déterminante pour son avenir. La signature, ce lundi 26 janvier, d’un accord de partenariat entre l’entreprise Frico Agri Art et la coopérative Viva Kongo marque le point de départ d’une ambitieuse relance de la filière pomme de terre à Mbanza-Ngungu. Cette initiative, la première de cette envergure depuis près d’une décennie, vise à restructurer une chaîne de valeur autrefois florissante, aujourd’hui exsangue, et à en faire un levier de développement économique provincial.
Comment une culture de rente aussi stratégique a-t-elle pu connaître un tel déclin ? Les racines du problème plongent dans la crise de 2015, où la production a entamé une chute vertigineuse. Le coup de grâce fut porté par la pandémie de COVID-19, qui a brutalement interrompu l’approvisionnement en semences certifiées, véritable colonne vertébrale d’une production de qualité. Les tentatives de substitution par des semences provenant de l’Est du pays, inadaptées au climat local, se sont soldées par des échecs cuisants. Conséquence directe : une offre locale raréfiée, une dépendance accrue aux importations onéreuses et un effondrement des revenus pour des centaines de familles d’agriculteurs.
Le nouveau projet se présente comme une réponse systémique à cette déroute. Il ne s’agit pas d’un simple apport d’intrants, mais d’une refonte complète du modèle de production. Au cœur de la stratégie : l’introduction de semences certifiées de haute qualité génétique, couplée à un transfert de technologies et un encadrement technique issu d’une expertise néerlandaise reconnue. L’objectif chiffré est sans ambiguïté : améliorer les rendements à l’hectare, réduire drastiquement les pertes post-récolte – un fléau qui grève souvent plus de 30% de la production – et garantir une disponibilité régulière sur les marchés de consommation. Une phase pilote sur dix hectares est prévue dès 2026, servant de démonstrateur avant une éventuelle extension.
Les retombées économiques anticipées dépassent le seul cadre des champs. Les promoteurs du partenariat Frico Viva Kongo tablent sur un effet multiplicateur significatif. En stabilisant et en augmentant les revenus des producteurs, l’initiative vise à recréer un cercle vertueux dans l’économie rurale. Les secteurs connexes – transport, logistique de stockage frigorifique, commerce de gros et de détail – sont appelés à se dynamiser, générant des emplois indirects. À l’échelle macroéconomique, la réussite de cette relance de la pomme de terre à Mbanza-Ngungu se traduirait par une réduction de la facture des importations, contribuant ainsi à l’amélioration de la balance commerciale du pays et à un renforcement tangible de la sécurité alimentaire.
« L’agriculture, et particulièrement les filières à haute valeur ajoutée comme la pomme de terre, doit cesser d’être perçue comme une activité de subsistance pour devenir un pilier de notre souveraineté économique », peut-on analyser. Le projet s’inscrit dans cette vision en structurant l’ensemble de la chaîne, de la production des semences à la commercialisation, avec une perspective avouée de transformation industrielle (frites, chips, déshydratation) pour capturer une plus grande part de la valeur créée.
Cependant, ce schéma vertueux rencontre encore des obstacles infrastructurels. Les initiateurs lancent un appel clair aux pouvoirs publics pour un appui accru. Deux leviers sont jugés critiques : l’accès facilité au crédit agricole pour les coopératives, et l’amélioration urgente des routes de desserte agricole. Sans un réseau de transport fiable, les gains de productivité risquent d’être annihilés par des coûts logistiques prohibitifs et une détérioration de la marchandise.
La relance de l’agriculture au Kongo-Central passe donc par ce type de partenariats public-privé-coopératif. Le succès de cette opération sera scruté à la loupe, car il pourrait servir de modèle pour d’autres filières en difficulté dans le pays. La pomme de terre de Mbanza-Ngungu redevient-elle le symbole d’une agriculture congolaise résiliente et tournée vers l’avenir ? La réponse se construira dans les champs au cours des prochaines campagnes agricoles, mais la première semence d’un redressement est désormais plantée.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
