Le territoire de Luilu, souvent désigné comme le poumon agricole de la province de Lomami en République démocratique du Congo, amorce une transformation majeure de sa connectivité. La semaine dernière a marqué le lancement officiel de chantiers structurants, avec pour objectif déclaré de rompre l’isolement chronique de cette région fertile. Ces projets, concentrés sur la construction et la réhabilitation de ponts stratégiques en RDC, visent à créer des corridors efficaces entre les zones de production et les marchés de consommation, une condition sine qua non pour libérer le potentiel économique local.
Parmi ces infrastructures, la construction du pont Tshibikosa se profile comme un investissement déterminant. Lancée par le vice-gouverneur de Lomami, Célestin Kayembe, cette réalisation au point kilométrique 18 de l’axe Luputa-Katshisungu est plus qu’un simple ouvrage d’art. Elle représente un levier économique direct pour fluidifier l’accès au chef-lieu de territoire et, par ricochet, dynamiser l’ensemble des échanges. Comment un territoire riche en potentialités peut-il prospérer si ses artères commerciales sont obstruées ? La réponse passe immanquablement par de telles infrastructures.
Parallèlement, la réhabilitation du pont Kamutambayi agit comme une bouffée d’oxygène immédiate pour les communautés. Son effondrement antérieur, dû aux intempéries, avait littéralement paralysé les échanges entre la chefferie de Katshisungu et Luputa, illustrant la vulnérabilité extrême d’une économie locale privée de ses liaisons vitales. Sa remise en service est donc une priorité opérationnelle et symbolique. Dans une zone essentiellement agricole, chaque jour d’isolement se traduit par des pertes post-récolte, une baisse des revenus des producteurs et une inflation des prix dans les centres urbains.
L’impact économique de ces travaux dépasse la simple réparation de voies de communication. Pour le territoire Luilu et son agriculture, il s’agit d’une reconfiguration complète de la chaîne de valeur. Des études sectorielles montrent systématiquement que l’amélioration des infrastructures routières peut réduire les coûts de transport de 30 à 40%, augmentant d’autant la marge des agriculteurs et la compétitivité de leurs produits. La facilitation du mouvement des biens et des personnes ouvre aussi la porte à l’investissement privé, longtemps freiné par les risques logistiques.
Le développement économique de la Lomami passe nécessairement par de telles initiatives ciblées. Ces ponts ne sont pas des fins en soi, mais les fondations d’un écosystème économique intégré. Ils permettent de rétablir un dialogue concret entre la production rurale et la demande urbaine, réduisant les intermédiaires et garantissant une meilleure rémunération au premier maillon de la chaîne. Le grand chef coutumier de Katshisungu, Augustin Kabwa, l’a bien compris en lançant un appel au civisme pour la protection de ces ouvrages. Son plaidoyer souligne que l’investissement public n’a de sens que s’il est accompagné d’une responsabilité collective quant à sa pérennité.
À plus long terme, ces infrastructures pourraient servir de catalyseur pour une diversification économique au-delà du secteur primaire. Une logistique fiable attire les petites et moyennes entreprises de transformation agroalimentaire, créatrices de valeur ajoutée et d’emplois. La région pourrait ainsi progressivement passer du statut de simple pourvoyeuse de matières premières brutes à celui de bassin de production à plus forte intensité capitalistique et technologique.
Cependant, la durabilité de ces projets reste un enjeu crucial. Les investissements dans les ponts stratégiques en RDC doivent s’inscrire dans une politique de maintenance préventive et de gestion efficiente pour éviter un nouveau cycle de dégradation. La réussite de ces chantiers, bien au-delà de leur inauguration, se mesurera à l’aune de leur utilisation intensive par les acteurs économiques dans les cinq à dix prochaines années. Seront-ils les artères pulsantes d’une région revitalisée ou des symboles éphémères d’un développement inachevé ? La réponse dépendra de la constance de l’engagement des autorités et de l’appropriation par les populations locales.
En définitive, les travaux engagés à Luilu incarnent une vérité économique fondamentale : il ne peut y avoir de croissance inclusive sans maillage infrastructurel cohérent. En désenclavant son poumon agricole, la province de Lomami pose les premiers jalons d’une trajectoire de développement plus résiliente et autocentrée. L’effet d’entraînement de ces ponts sur l’ensemble de l’économie locale sera le véritable indicateur de leur succès, faisant de la connectivité physique le premier moteur de la prospérité partagée.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
