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RDC : un an de résolution 2773 ONU, zéro progrès contre le M23

Alors que la République démocratique du Congo commémore le premier anniversaire de l’occupation de Goma par le M23, un autre anniversaire, moins médiatisé mais tout aussi crucial, passe inaperçu : celui de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU. Adoptée à l’unanimité en février 2025, cette résolution était censée marquer un tournant décisif dans le conflit du Nord-Kivu en condamnant explicitement le Rwanda pour son soutien à la rébellion et en exigeant un retrait immédiat. Pourtant, près d’un an plus tard, le constat est amer : le texte est lettre morte, et la situation sur le terrain s’est considérablement dégradée. Que vaut donc le droit international lorsque ses décisions les plus solennelles restent sans exécution ?

Intervenant récemment devant le Conseil de sécurité, l’ambassadrice Jocelyne Kabengele Lukundula a lancé un appel poignant, mais qui sonne comme un aveu d’impuissance. En invoquant l’article 24 de la Charte, elle a rappelé au Conseil sa responsabilité première en matière de paix et de sécurité. « La République démocratique du Congo appelle le Conseil de sécurité à assumer pleinement la responsabilité que lui confère la Charte », a-t-elle plaidé, soulignant la nécessité d’une mise en œuvre rigoureuse des résolutions. Son discours, teinté d’un formalisme diplomatique incontestable, ne pouvait masquer une frustration palpable face à l’immobilisme de la communauté internationale. Cette rhétorique, si elle est juridiquement impeccable, semble bien légère face à la réalité d’une résolution 2773 ONU ignorée par ses destinataires principaux.

L’analyse de la situation sur le terrain confirme le fossé abyssal entre les déclarations onusiennes et les faits accomplis. Loin de se retirer, le M23 RDC, fort du Rwanda soutien M23 désormais presque officiellement reconnu, a consolidé ses positions. Le mouvement a mis en place une administration parallèle dans les zones conquises, échappant totalement au contrôle de Kinshasa. Cette stratégie de fait accompli constitue un défi direct à la souveraineté congolaise et un pied de nez à la diplomatie RDC ONU. Pire, l’ambassadrice rwandaise à Washington a fini par admettre une « collaboration sécuritaire » avec les rebelles, validant ainsi les rapports d’experts que Kigali niait avec véhémence. Dans ce conflit Nord-Kivu, les avancées sont purement sémantiques, inscrites dans les comptes-rendus des processus de Washington et de Doha, mais invisibles pour les populations civiles prises en étau.

Les processus diplomatiques eux-mêmes sont entrés dans une phase de stérilité préoccupante. Les rencontres se succèdent, les communiqués s’accumulent, mais la désescalade n’est pas au rendez-vous. Chaque partie renvoie la balle, s’accusant mutuellement de mauvaise foi. Le gouvernement congolais joue-t-il son va-tout en misant sur une pression internationale qui tarde à se matérialiser ? La stratégie de Kinshasa, consistant à multiplier les tribunes pour dénoncer l’agression, montre ses limites face à un Rwanda qui maîtrise l’art de la diversion et du déni. La communauté internationale, quant à elle, semble prisonnière de ses propres divisions et de sa prudence, préférant le dialogue infini à l’action coercitive.

L’échec de la mise en œuvre de la résolution 2773 pose une question fondamentale sur l’effectivité du système de sécurité collective. Si un texte adopté à l’unanimité par le Conseil le plus puissant de l’ONU peut être impunément ignoré, que reste-t-il de la crédibilité de l’organisation ? La diplomatie RDC ONU se heurte ici à un mur de realpolitik où les intérêts géostratégiques semblent primer sur le droit. La rhétorique sur l’État de droit et le multilatéralisme, chère à l’ambassadrice Kabengele Lukundula, sonne creux lorsque les mécanismes de sanction restent inutilisés.

À l’approche du premier anniversaire formel de la résolution, les prochains enjeux sont clairs. Soit la communauté internationale, sous l’égide du Conseil de sécurité, trouve la volonté politique de donner des dents à sa décision, par exemple en envisageant des sanctions ciblées ou un renforcement du mandat de la MONUSCO. Soit elle accepte de facto la balkanisation de l’Est congolais et la pérennisation d’une administration rebelle. Pour Kinshasa, l’heure des choix stratégiques a aussi sonné : continuer à parier sur un multilatéralisme défaillant ou réévaluer ses options sécuritaires et diplomatiques. Le temps, lui, n’est pas neutre ; chaque jour qui passe consolide l’emprise du M23 et érode un peu plus la légitimité des institutions internationales. L’histoire retiendra-t-elle la résolution 2773 comme le dernier soubresaut d’un ordre international moribond, ou comme le catalyseur d’un sursaut salutaire ? La réponse se joue dans les collines du Nord-Kivu et dans les couloirs feutrés de New York.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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