Un paradoxe criant. La République démocratique du Congo, berceau du deuxième poumon vert de la planète et dotée d’un potentiel hydroélectrique capable d’éclairer l’Afrique, plonge une majorité de ses enfants dans l’obscurité. Alors que le monde célèbre les énergies propres, une réalité statistique brutale écrase les espoirs : à peine 20% des Congolais en ville ont accès au courant, et ce chiffre s’effondre à un misérable 1 à 3% dans les campagnes. Le déficit électrique Congo n’est pas une fatalité, c’est un choix de société qui asphyxie le développement et attise une crise écologique silencieuse.
Dans ce noir tableau, une unique lueur, néfaste, persiste : la flamme du bois de chauffe. Pour près de 90% de la population, cette ressource ancestrale est devenue l’unique corde de survie. La dépendance au bois de chauffe Congo n’est plus une simple habitude, c’est un symptôme d’un système énergétique en faillite. Chaque jour, des milliers de foyers, par nécessité, contribuent à saigner les forêts du bassin du Congo, ces gigantesques réservoirs de carbone et de biodiversité. Comment un pays aux ressources renouvelables si abondantes peut-il en être réduit à cannibaliser son patrimoine forestier pour cuisiner et s’éclairer ? La question brûle les lèvres des défenseurs de l’environnement.
L’alerte est lancée par l’ONG Alerte congolaise pour le développement et les droits humains (ACEDH). Olivier Ndoole, son secrétaire exécutif, dresse un constat sans appel. Au-delà des discours politiques, ce sont des « obstacles d’ordre institutionnel et juridique » qui entravent l’essor d’un véritable secteur des énergies propres RDC. Le cadre légal, souvent obsolète et inadapté, décourage les investissements et maintient le monopole d’une production centralisée déficiente. Cette inertie institutionnelle condamne des millions de personnes à la précarité énergétique tout en accélérant la déforestation, un double drame aux conséquences climatiques incalculables.
Pourtant, au cœur de cette obscurité, des phares s’allument. Loin des centres de décision de Kinshasa, une lueur d’espoir émane du Nord-Kivu. Cette province, meurtrie par les conflits, est en train d’écrire une autre histoire, celle de la résilience par l’innovation énergétique. Ici, des acteurs privés ont pris le relais d’un État absent, démontrant par l’exemple que les solutions énergétiques Nord-Kivu existent et sont viables. Des villes comme Goma brillent désormais grâce à un modèle audacieux de décentralisation.
Des noms émergent comme des symboles de cette révolution silencieuse. Virunga Energies exploite le puissant potentiel hydroélectrique des rivières venues des volcans. Nuru et SOCODEE déploient des réseaux solaires et hybrides, apportant une électricité fiable et renouvelable aux ménages et aux petites entreprises. Ces initiatives prouvent qu’il est possible de briser le cycle infernal de la dépendance au bois. Elles sont la preuve vivante que le savoir-faire et l’entrepreneuriat local peuvent combler le vide laissé par les grands projets pharaoniques qui tardent à voir le jour.
Mais ces succès locaux doivent-ils rester des exceptions ? Pour l’ACEDH, la réponse est un non catégorique. Ces modèles constituent des « plateformes » clés en main, prêtes à être dupliquées à travers le pays. Leur généralisation est au cœur d’un combat plus large : celui de la justice climatique RDC. Comment la RDC peut-elle prétendre être un « pays-solution » dans les arènes internationales du climat quand sa propre population est privée des bénéfices de cette transition ? La justice climatique commence à domicile, par l’accès pour tous à une énergie qui ne détruit pas l’environnement.
Le plaidoyer est clair. L’urgence n’est plus seulement écologique, elle est sociale et économique. Le gouvernement est appelé à accélérer les réformes pour libérer le potentiel du secteur privé, sécuriser les investissements et instaurer un cadre propice aux énergies décentralisées. La bataille pour l’énergie propre en RDC est celle de l’émancipation de millions de Congolais. C’est une course contre la montre pour sauver les forêts et offrir un avenir durable. L’obscurité n’est pas une destinée. La lumière, produite par les fleuves et le soleil du pays, doit enfin illuminer chaque foyer. Le temps n’est plus aux constats, mais à l’action.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
