À Pinga, dans le territoire de Walikale, Julien Buunda tente désespérément de joindre ses collègues. « Nous nous débrouillons désormais avec une connexion Wi-Fi locale. Cela explique pourquoi nous n’avons plus d’informations en provenance de nos points focaux sur les axes Kalembe, Ihula et Katobo », déplore-t-il, voix empreinte d’inquiétude. Comme des milliers d’habitants du Nord-Kivu, il est coupé du monde depuis plus d’une semaine, victime d’une vaste perturbation réseau mobile Nord-Kivu qui plonge des localités entières dans un isolement numérique aux conséquences dramatiques.
Cette coupure téléphonique RDC, qui frappe les opérateurs Vodacom, Airtel et Orange, ne se résume pas à une simple perte de signal. Elle paralyse le quotidien de communautés déjà vulnérables. Dans les territoires de Walikale, Masisi et Rutshuru, les centres de Hombo, Mubi, Ndjingala et bien d’autres sont comme des îles déconnectées. Comment survivre économiquement lorsque les transactions reposent presque exclusivement sur le mobile money panne Nord-Kivu ? Pour les habitants de ces zones enclavées, dépourvues de banques, l’argent électronique est le sang qui fait vivre les petites entreprises, qui permet d’envoyer de l’aide à la famille, d’acheter des médicaments ou de payer les frais scolaires. Aujourd’hui, ce circuit vital est à l’arrêt.
L’ampleur de cette panne est telle qu’elle suscite des questions cruciales. Jusqu’où peut-on dépendre de technologies fragiles dans des régions reculées ? La paralysie des télécommunications Nord-Kivu expose crûment la précarité des infrastructures et les inégalités d’accès aux services essentiels. « Cette situation accentue la vulnérabilité des populations dans une région déjà marquée par des violences armées persistantes », souligne Julien Buunda, porte-parole d’une organisation paysanne. Sans réseau, plus de nouvelles des proches, plus d’alertes en cas de danger, plus de coordination pour les secours ou les activités agricoles. L’insécurité, déjà palpable, se double d’une angoisse sourde.
Si les causes exactes ne sont pas encore officiellement confirmées, un technicien de Vodacom à Walikale évoque une origine lointaine. De fortes pluies auraient endommagé plusieurs équipements de liaison satellitaire à Maluku, près de Kinshasa, provoquant des perturbations en cascade. Ainsi, un incident à des centaines de kilomètres plonge le Nord-Kivu dans le silence. Les équipes des opérateurs concernés par cette Vodacom Airtel Orange panne seraient mobilisées pour un rétablissement rapide, mais le délai déjà écoulé – plus d’une semaine – interroge sur la résilience du réseau.
Sur le terrain, les adaptations sont précaires. Certains tentent de capter un signal faible, d’autres se rabattent sur des connexions Wi-Fi locales, rares et coûteuses. Mais pour la majorité, l’attente est une épreuve. Les petits commerçants voient leurs stocks s’accumuler sans pouvoir être vendus, les cultivateurs ne peuvent plus négocier leurs récoltes, et les familles séparées par la distance vivent dans l’incertitude. Cette crise met en lumière un enjeu sociétal majeur : dans des régions où l’État est souvent absent, le téléphone portable et le mobile money sont devenus des biens publics de première nécessité. Leur dysfonctionnement prolongé crée une fracture numérique aux effets économiques et sociaux dévastateurs.
Alors que le Nord-Kivu tente de se relever de conflits incessants, cette rupture de communication est un coup dur. Elle rappelle que la paix et le développement passent aussi par des infrastructures de communication fiables et inclusives. La population, elle, espère un retour à la normale rapide, pour retrouver le lien et les moyens de subsistance que le réseau mobile offre, malgré tout, dans un contexte si difficile. La leçon est claire : investir dans des télécommunications Nord-Kivu résilientes n’est pas un luxe, mais une urgence pour des milliers de vies suspendues à une barre de signal.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
