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RDC : la réforme des plaques d’immatriculation, une modernisation sous pression

Les déclarations du président de la République, Félix Tshisekedi, dénonçant la pénurie chronique de plaques d’immatriculation RDC, ont agité tel un électrochoc au sein de l’exécutif. Le chef de l’État, garant du bon fonctionnement des institutions, a pointé du doigt une situation devenue insoutenable : une circulation routière anarchique où véhicules sans plaques et plaques temporaires irrégulières compromettent la sécurité, entravant l’identification des auteurs d’infractions, d’accidents ou d’actes criminels. Cette crise, selon ses termes, grève les recettes du Trésor public et sape la gouvernance administrative. Une intervention présidentielle qui a visiblement accéléré l’agenda gouvernemental, forçant les ministres à sortir de leur torpeur et à proposer une réponse structurée.

La réaction ne s’est pas fait attendre. Lors de la 75ṉ réunion du Conseil des ministres, le gouvernement a adopté un projet de décret portant réforme en profondeur du système. Le ministre des Finances, Doudou Fwamba, en a été le porteur. Cette réforme gouvernementale cristallise-t-elle une volonté sincère de modernisation, ou n’est-elle qu’un pavé lancé pour calmer la colère présidentielle et l’opinion publique excédée par la pénurie plaques ? L’analyse du texte suggère une ambition réelle de rupture avec les pratiques du passé, mais la mise en œuvre sera le vrai test de crédibilité.

Cinq innovations pour tourner la page

Le nouveau décret intègre cinq innovations majeures, présentées comme une adaptation aux réalités actuelles. Première mesure symbolique mais chargée de sens : le remplacement du code historique “CGO” par “COD”, alignant ainsi la RDC sur son abréviation internationale officielle (ISO) et mettant fin à une confusion séculaire avec le Congo-Brazzaville. Au-delà du symbole, les autorités introduisent des éléments de sécurité de pointe, à savoir un code QR, destiné à renforcer la traçabilité et à compliquer la vie des faussaires. Une carte rose électronique d’immatriculation accompagnera désormais le véhicule, et les plaques elles-mêmes seront fabriquées en plexiglas, un matériau offrant, selon le ministère, des avantages significatifs sur l’aluminium traditionnel. Enfin, le texte prévoit la possibilité, à titre exceptionnel, de plaques personnalisées pour les particuliers, et enterre définitivement la terminologie désuète de “plaque minéralogique”.

Selon Doudou Fwamba, cité dans le compte rendu officiel, cette réforme vise à “sécuriser les recettes, renforcer la transparence et améliorer la gouvernance technique et fiscale”. Elle doit également permettre la mise en œuvre effective de la réglementation sur la vidéo-verbalisation, adoptée en avril dernier. Un discours qui se veut rassurant et tourné vers l’avenir, mais qui répond-il aux accusations d’opacité qui ont précédé cette annonce ?

Le ministère des Finances contre-attaque

En effet, dans les semaines ayant précédé cette adoption, le ministère des Finances était monté au créneau pour démentir vigoureusement ce qu’il a qualifié de “confusions et d’allégations infondées”. Face aux rumeurs de changements techniques de dernière minute et de procédures douteuses, l’institution a déployé un argumentaire en règle. Elle justifie la réforme gouvernementale par la nécessité impérieuse de combler un vide contractuel et de corriger de “graves failles sécuritaires” ayant engendré un marché parallèle florissant. Un marché où circulaient des plaques portant des numéros identiques et où des plaques congolaises étaient vendues sur des plateformes de commerce en ligne à l’étranger, un symptôme criant de la fraude immatriculation.

Le ministère rejette toute accusation d’opacité ou de conflit d’intérêts. Il assure que le projet figurait dans un plan de passation de marchés régulièrement approuvé, que le contrat a été validé par la Première ministre, et que les attributaires ont été sélectionnés avant l’entrée en fonction de l’actuel ministre. Il s’agirait non pas d’un marché de gré à gré, mais d’un appel d’offres restreint autorisé par la Direction générale du contrôle des marchés publics (DGCMP). Un plaidoyer pro domo qui cherche visiblement à restaurer une confiance ébranlée et à préparer le terrain pour une exécution sereine du projet.

Une modernisation sous pression

Au final, cette réforme des plaques d’immatriculation RDC s’annonce comme un vaste chantier aux enjeux multiples : sécuritaires, fiscaux et de souveraineté. L’impulsion présidentielle a indéniablement servi de catalyseur à une administration parfois engoncée dans ses lenteurs. Le ministre Doudou Fwamba joue désormais gros sur ce dossier. Si la réussite de cette modernisation technique permettrait de redorer le blason d’un secteur entaché par la pénurie plaques et la fraude immatriculation, son échec ou des dérapages dans l’attribution des marchés pourraient se retourner contre ses promoteurs. La balle est maintenant dans le camp de l’exécutif. Saura-t-il transformer l’essai et offrir aux Congolais un service public efficace et intègre, ou cette réforme restera-t-elle un voeu pieux dans les tiroirs du Conseil des ministres ? La réponse se mesurera concrètement, dans les mois à venir, par la disponibilité et la sécurité des nouvelles plaques sur l’ensemble du territoire national.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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