Alors que la communauté internationale célébrait la Journée internationale de l’éducation, un rapport du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) jette une lumière nouvelle sur le parcours scolaire en République démocratique du Congo. Les chiffres, publiés ce samedi 24 janvier, révèlent une transformation silencieuse mais significative du paysage éducatif congolais après des décennies de grandes difficultés. Mais au-delà des statistiques encourageantes, quelle est la réalité vécue dans les salles de classe et les cours d’écoles à travers le vaste territoire national ?
La progression la plus marquante concerne l’accès à l’éducation de base. En seize ans seulement, la proportion d’enfants congolais exclus du système scolaire est tombée de 39% à 18%. Cette dynamique positive, soulignée dans le rapport, témoigne des efforts conjoints des autorités nationales et de leurs partenaires techniques et financiers. Comment ne pas voir dans cette évolution un signe d’espoir pour des millions de familles qui, hier encore, ne pouvaient offrir à leurs enfants les bancs de l’école ?
L’autre indicateur majeur, le taux d’achèvement du cycle primaire, confirme cette tendance. Il est passé de seulement 29% en 2001 à 75% en 2021. Cette hausse spectaculaire signifie concrètement que davantage d’élèves terminent le parcours fondamental, se dotant ainsi des compétences essentielles pour leur avenir. Cette amélioration du maintien scolaire représente un levier crucial pour le développement du capital humain en RDC. Mais suffit-il de garder les enfants plus longtemps à l’école pour garantir la qualité des apprentissages ?
Car derrière ces chiffres encourageants se cachent des réalités plus complexes que les courbes ascendantes. L’UNICEF lui-même met en garde contre des disparités profondes qui menacent les progrès accomplis. Les inégalités géographiques restent criantes : l’accès à une éducation de qualité varie considérablement entre les provinces urbaines et les zones rurales reculées. Dans certaines régions affectées par les conflits armés, les salles de classe restent des lieux de grande précarité, quand elles ne sont pas purement et simplement fermées.
La question du genre demeure également préoccupante. Malgré les améliorations globales, les filles continuent souvent de rencontrer plus d’obstacles que les garçons pour poursuivre leur scolarité, particulièrement au-delà du primaire. Quels mécanismes concrets mettre en place pour garantir une véritable égalité des chances dans l’éducation en RDC ?
Au cœur du débat se trouve la question de la qualité de l’enseignement. De nombreux observateurs soulignent que l’augmentation des effectifs doit s’accompagner d’une amélioration des conditions d’apprentissage : formation des enseignants, disponibilité du matériel pédagogique, infrastructures scolaires adaptées. Sans ces éléments, le risque existe de voir la scolarisation des enfants au Congo se transformer en simple présence physique sans réelle acquisition de compétences.
Face à ce bilan contrasté, l’appel de l’UNICEF à renforcer les investissements et les réformes du secteur éducatif prend tout son sens. Garantir à tous les enfants congolais une éducation inclusive, équitable et de qualité n’est pas seulement un objectif noble ; c’est une condition indispensable au développement durable du pays. Les progrès réalisés démontrent que des changements sont possibles, même dans un contexte difficile. Mais ils rappellent aussi que le chemin reste long avant que chaque enfant, quelles que soient ses origines ou sa localisation géographique, puisse bénéficier du droit fondamental à l’éducation.
Alors que la RDC continue sa lutte pour améliorer son système éducatif, les acteurs du secteur restent confrontés à une équation complexe : comment maintenir la dynamique positive d’accès tout en relevant les défis persistants de qualité et d’équité ? La réponse à cette question déterminera en grande partie la capacité du pays à transformer son capital humain en véritable moteur de développement. Le rapport de l’UNICEF sur la scolarisation en RDC ouvre ainsi une fenêtre optimiste, mais qui nécessite plus que jamais des engagements soutenus et des actions ciblées pour ne pas se refermer sur des promesses non tenues.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: mediacongo.net
