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Ituri : l’Association Lori lance un cri d’alarme pour la paix face aux risques de rechute

Le soleil se lève sur Nyamamba, un village de la plaine du lac Albert en Ituri. Des enfants courent entre les huttes à moitié effondrées, tandis que des femmes tentent de rallumer le feu sous des marmites rouillées. Pour plus de 500 familles, ce retour après des mois, voire des années, dans des camps de déplacés, est un acte de foi immense. Un fragile espoir né d’une accalmie précaire. Pourtant, dans le cœur de chacun, une question obsédante persiste : cette trêve tiendra-t-elle, ou les vieux démons des conflits communautaires ressurgiront-ils ?

C’est dans ce contexte de tension mêlée d’espoir que l’Association Lori, structure culturelle représentant la communauté Lendu, a lancé un appel solennel, vendredi dernier. À l’occasion de la commémoration des 25 ans d’un massacre ayant frappé leur communauté, ses responsables ont exhorté toutes les communautés ituriennes, en particulier celles des territoires de Djugu et d’Irumu, à s’abstenir de tout acte susceptible de rallumer la haine. Leur message est clair : honorer la mémoire des victimes passe désormais par la prévention active de nouvelles atrocités.

« Les gens doivent se mettre autour d’une table pour résoudre nos différends par le dialogue », a insisté avec une gravité palpable Marcus Mbitso, vice-président de l’Association Lori. Cette phrase simple résume le plaidoyer central de l’organisation. Au-delà des commémorations, il s’agit d’un engagement concret à accompagner les autorités dans la recherche de solutions durables pour le retour d’une paix Ituri stable et définitive. Pour l’association, cette paix ne sera possible que par le strict respect des engagements pris par les groupes armés à déposer les armes et par un dialogue intercommunautaire RDC franc et inclusif.

Mais cet appel n’est pas seulement tourné vers les communautés. Marcus Mbitso a fermement interpellé l’État congolais, lui rappelant ses responsabilités régaliennes. « L’État doit assumer pleinement son rôle en imposant la paix face aux groupes réfractaires », a-t-il déclaré, pointant du doigt ceux qui menaceraient le processus fragile en cours. Un message qui résonne comme un avertissement : sans la fermeté des institutions, les efforts des communautés pourraient être réduits à néant. Les forces de défense et de sécurité ont également été exhortées à faire preuve d’un professionnalisme absolu pour éviter tout dérapage qui replongerait la province dans le cycle infernal des violences.

Pourquoi cet appel est-il si crucial aujourd’hui ? L’Ituri, riche de ses ressources mais meurtrie par des décennies de conflits communautaires Djugu et ailleurs, semble à un carrefour. L’accalmie observée ces derniers temps a permis le retour des déplacés Nyamamba et dans d’autres localités. Ces familles, épuisées par l’exil, tentent de reconstruire leurs vies sur les cendres de leurs anciennes maisons. Leur présence est le plus beau symbole d’une paix possible. Mais c’est aussi un test. La cohabitation sur des terres disputées, la mémoire des torts subis, la précarité économique sont autant de poudrières que le moindre incident pourrait enflammer.

L’initiative de l’Association Lori s’inscrit dans une longue histoire de douleur. Commémorer un massacre vieux d’un quart de siècle, c’est reconnaître que les plaies de l’Ituri sont profondes et que leur guérison nécessite plus que des cessez-le-feu temporaires. C’est un travail de mémoire collectif qui doit servir de fondation à une réconciliation authentique. Peut-on vraiment tourner la page sans avoir au préalable lu et compris chaque mot de cette histoire sanglante ? La réponse de l’association est non. Elle propose de transformer la douleur du souvenir en une force active pour la paix.

Alors que les familles de Nyamamba recommencent à cultiver leurs champs, l’espoir est permis, mais il est mince. La paix en Ituri n’est pas un simple état d’absence de guerre. C’est un édifice complexe qui requiert la participation de tous : communautés locales, autorités traditionnelles, État central, et société civile. L’appel de l’Association Lori est une pierre essentielle apportée à cette construction. Il rappelle que le destin de l’Ituri se joue maintenant, dans la capacité de ses fils et filles à privilégier la parole sur la violence, et la reconstruction sur la vengeance.

Le retour à Nyamamba est un premier pas, timide mais significatif. Le vrai succès sera mesuré dans la durée, par la capacité à maintenir cette paix fragile et à la consolider jour après jour. L’enjeu dépasse largement les frontières de l’Ituri ; il touche à l’âme même de la République Démocratique du Congo. Dans un pays où les conflits locaux ont trop souvent servi de terreau à l’instabilité régionale, chaque initiative de paix locale, comme celle portée par l’Association Lori, est une victoire pour l’ensemble de la nation. La route est encore longue, mais pour la première fois depuis longtemps, des pas concrets sont faits dans la bonne direction.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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