Le rugissement des moteurs a remplacé, le temps d’une journée, le tumulte habituel de Matadi. Samedi 24 janvier, un cortège inhabituel a sillonné les artères principales de la capitale du Kongo-Central. Il ne s’agissait pas d’un simple défilé, mais d’une armada citoyenne à deux roues, vêtue de blanc, portant un message aussi urgent qu’alarmant : « Non à l’exploitation des enfants pour des fins économiques et sexuelles ». Cette campagne de sensibilisation, lancée par l’Association des motocyclistes du Kongo-Central (AMOKOK), marque le début d’un combat de longue haleine pour briser le silence et l’indifférence.
Sur leurs T-shirts, le slogan de la campagne résonne comme un cri du cœur. Ces motocyclistes, souvent perçus uniquement comme des acteurs du transport informel, se transforment en ambassadeurs des droits de l’enfant. Leur cible première ? Les parents et les responsables familiaux, ces premiers remparts censés protéger l’innocence. « On voit trop d’enfants traîner dans les marchés au lieu d’être à l’école, ou pire, exploités de manière honteuse », confie l’un d’eux, entre deux arrêts pour distribuer des tracts. La question est lancinante : comment en est-on arrivé à une telle normalisation de l’exploitation des enfants dans certaines communautés ?
Cette initiative, appuyée par le Bureau international des droits de l’enfant, ne se contente pas d’un coup d’éclat. Prévue jusqu’au mois de juin, elle a pour stratégie d’investir les espaces où se joue l’influence sociale : les écoles, les églises et les marchés. L’objectif est clair : toucher toutes les couches de la population et changer les mentalités en profondeur. Le président de l’AMOKOK, Bamo Bomonekene, y voit une opportunité de résultats concrets, essentiels pour consolider la confiance des bailleurs de fonds et pérenniser l’action. La protection de l’enfance en RDC nécessite plus que des discours ; elle exige des actes visibles et un engagement communautaire sans faille.
La mobilisation a reçu le soutien des autorités locales, un signal fort dans un combat qui dépasse le seul cadre associatif. Le maire de Matadi, Dominique Nkodia Mbete, a salué cette prise de position citoyenne et appelé à son extension à l’ensemble de la province du Kongo-Central. Son appel résonne comme un aveu : le fléau de l’exploitation des enfants est systémique et nécessite une réponse à la hauteur, coordonnée à tous les niveaux. Mais jusqu’où peut aller l’impact de telles initiatives face à la pauvreté, souvent citée comme racine du mal ?
Les témoignages recueillis en marge du carnaval motorisé dressent un tableau sombre. Des enfants utilisés comme main-d’œuvre à bon marché, contraints de travailler dans des conditions périlleuses, ou pire, victimes d’abus sexuels au sein même de leur cercle familial ou communautaire. La campagne de l’AMOKOK cherche à briser ce cycle de violence et d’impunité en rappelant que les droits de l’enfant sont inaliénables. Chaque T-shirt blanc est un rappel à la conscience collective, une invitation à regarder la réalité en face et à agir.
Le défi est immense, mais l’espoir réside dans cette appropriation locale de la cause. Voir des motocyclistes, figures du quotidien, se faire les porte-voix de la protection de l’enfance est un message puissant. Il démontre que la défense des droits humains n’est pas l’apanage d’une élite, mais l’affaire de tous. Les mois à venir, jusqu’en juin, seront déterminants pour évaluer la résonance de ce plaidoyer sur le terrain. Les enfants du Kongo-Central pourront-ils enfin retrouver le chemin de l’école et de la sécurité ? La réponse dépendra de la capacité de toute une société à dire « non » et à transformer ce mot en action concrète.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
