Alors que les tensions dans l’Est de la République Démocratique du Congo persistent, un appel singulier émerge du cœur de la majorité présidentielle. Lors de sa rentrée politique à Kinshasa, Léonard She Okitundu, président national du Parti social-démocrate vert (PSDV) et pilier de l’Union sacrée, a brandi l’étendard de la diplomatie comme unique voie de sortie de crise. Cette position, portée par un ancien chef de la diplomatie congolaise, résonne comme une analyse critique en creux des stratégies actuelles et place le pouvoir face à ses contradictions.
L’homme, dont l’expérience des arcanes diplomatiques n’est plus à démontrer, a délivré un plaidoyer structuré pour une solution politique. Mais derrière les mots mesurés se cache une accusation à peine voilée : le régime de Kigali continue, selon lui, de fouler aux pieds les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU en maintenant ses soldats sur le sol congolais. En pointant du doigt le Rwanda, She Okitundu ne fait pas que décrire une réalité géopolitique ; il souligne l’échec patent des mécanismes de pression internationaux et, par extension, interroge l’efficacité de la réponse globale de Kinshasa. La question rhétorique est sous-jacente : jusqu’à quand la communauté internationale restera-t-elle spectatrice ?
L’autre versant de son intervention est un appel solennel à l’union nationale. Le président du PSDV en appelle à un front commun congolais, transcendant les clivages partisans, pour faire bloc contre la rébellion du M23. Cet appel à la cohésion, s’il semble de bon aloi, contient également une lecture politique subtile. En convoquant l’unité de « toutes les tendances politiques », She Okitundu suggère-t-il que la réponse sécuritaire et diplomatique actuelle manque de légitimité consensuelle ? Son discours apparaît comme une tentative de réinscrire la crise de l’Est dans un récit national qui dépasse l’exécutif, une manière de rappeler que la souveraineté bafouée est l’affaire de tous, et non d’un seul camp.
La position du PSDV, incarnée par She Okitundu, est donc tout sauf anodine. En tant que composante de l’Union sacrée, le parti navigue sur une ligne de crête : soutenir la majorité tout en en distanciant la stratégie. Promouvoir une solution exclusivement diplomatique dans un conflit marqué par la violence des armes, c’est émettre un jugement sur la prééminence donnée aux options militaires. L’ancien diplomate joue ici un rôle d’équilibriste, usant de son crédit pour proposer une alternative sans franchir la ligne de la rupture ouverte. Mais ce positionnement fait peser une pression réelle sur le pouvoir : peut-il ignorer les conseils avisés d’un allié aussi structuré, issu de ses propres rangs ?
L’analyse des implications de ce discours révèle des fissures potentielles. La crise de l’Est de la RDC, alimentée par le Rwanda selon Kinshasa et les rapports d’experts onusiens, est devenue le point névralgique de la présidence. L’échec à la résoudre durablement corrode la crédibilité de l’exécutif. En proposant une piste différente, She Okitundu offre implicitement une porte de sortie en cas d’enlisement, mais il dresse aussi un standard contre lequel l’action gouvernementale sera mesurée. Si les offensives du M23 se poursuivent malgré les efforts militaires, la voix appelant au dialogue gagnera en puissance, y compris au sein de la majorité, fragilisant d’autant le leadership présidentiel.
La conclusion qui s’impose est que le prochain enjeu se situe dans la capacité du pouvoir à absorber, ou non, cette critique interne. Léonard She Okitundu a posé une pierre dans le jardin de la stratégie officielle. La réponse ne viendra peut-être pas par une annonce spectaculaire, mais dans la trame des prochaines décisions : le gouvernement va-t-il infléchir son approche pour intégrer une dimension diplomatique plus offensive, conforme aux vœux du PSDV ? Ou bien choisira-t-il de camper sur ses positions, au risque de voir ce dissentiment modéré se transformer en un fronde plus large au sein de l’Union sacrée ? L’Est de la RDC reste l’épicentre de la crise, mais les répliques politiques, elles, se font sentir jusqu’à Kinshasa, où le jeu des alliances et des influences déterminera la suite. La balle est désormais dans le camp du pouvoir, contraint de jongler entre la pression des armes à l’Est et les conseils de prudence diplomatique venant de ses propres soutiens.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
