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Suspension à l’OGEFREM : William Kazumba Mayombo écarté pour gestion irrégulière

La gestion des entreprises publiques en République démocratique du Congo est une nouvelle fois sous les feux des projecteurs. La suspension conservatoire de William Kazumba Mayombo, directeur général de l’Office de Gestion du Fret Multimodal (OGEFREM), décrétée par le vice-Premier ministre Jean-Pierre Bemba, n’est pas un simple remaniement administratif. Elle révèle, par sa soudaineté et sa sévérité, un grave contentieux sur les pratiques financières et décisionnelles au sein d’une institution clé pour le commerce extérieur congolais. Cette décision, qui éclate au grand jour, interroge sur les mécanismes de contrôle et la culture de la reddition des comptes au sommet de l’État.

L’arrêté ministériel du 24 janvier, d’une précision chirurgicale, énumère les griefs qui ont conduit à cette mise à l’écart de trois mois. En tête de liste figurent des sorties récurrentes de fonds opérées sans l’aval préalable du conseil d’administration ni même une information à l’autorité de tutelle. Cette pratique, si elle était avérée, constituerait une entorse majeure aux règles de la gouvernance d’entreprise et jetterait une lumière crue sur la gestion de l’OGEFREM. Comment une structure aussi stratégique peut-elle fonctionner avec une telle opacité financière ? La question mérite d’être posée, alors que le pays tente de se construire une réputation de sérieux pour attirer les investisseurs.

Le ministre des Transports pointe du doigt un autre fait troublant : le lancement, au 1er janvier, d’une plateforme logicielle sans avoir obtenu la validation ministérielle requise. Cette initiative unilatérale, en contradiction avec le « processus ministériel en cours », selon les termes de l’arrêté, dénote une volonté d’autonomie qui frise l’insubordination. Elle s’inscrit dans un contexte plus large de résistance aux directives, le directeur général suspendu étant également accusé d’avoir ignoré des recommandations du conseil d’administration datant de mars dernier. Parmi elles, la résiliation d’un contrat de gré à gré avec la société Catalyst, jugé superfétatoire. Cette accumulation de manquements dessine le portrait d’une gestion en roue libre, échappant à tout contrôle.

Mais le cœur de l’affaire, celui qui donne à cette suspension une saveur particulièrement politique, réside dans l’échange épistolaire sur les « fonds secrets de recherche ». Deux jours avant la sanction, Jean-Pierre Bemba sommait William Kazumba Mayombo de s’expliquer sur des décaissements évalués à 1,6 million de dollars américains. La réponse de l’intéressé, aussi audacieuse que révélatrice, a dû faire sursauter les couloirs du gouvernement. M. Mayombo a invoqué des contributions régulières à « l’effort de guerre » depuis plus d’une décennie, rappelant au passage un transfert d’un million de dollars effectué en février de l’année précédente… en présence même du vice-Premier ministre. Cette révélation place Jean-Pierre Bemba dans une position délicate, tiraillé entre son rôle de gardien de la lérité financière et sa possible connaissance, voire sa caution, de ces pratiques opaques. Le ministre joue-t-il les vierges effarouchées ou tire-t-il enfin les conséquences d’un système qu’il a peut-être trop longtemps toléré ?

Les implications de cette crise dépassent la simple personne de William Kazumba Mayombo. Elles touchent à la crédibilité de la gouvernance des entreprises publiques en RDC. La suspension, présentée comme conservatoire en attendant les conclusions d’enquêtes et d’éventuelles procédures judiciaires, est un test pour l’administration Bemba. Saura-t-elle mener à son terme un processus transparent, ou cette affaire sera-t-elle étouffée par les logiques clientélistes et les arrangements entre élites ? La désignation du directeur général adjoint pour assurer l’intérim est un premier pas, mais l’opinion publique et les partenaires techniques attendront des actes concrets.

Cette affaire de suspension à l’OGEFREM, avec son cortège de révélations sur les irrégularités de gestion et les fameux fonds secrets, pourrait bien devenir un cas d’école. Elle met en exergue les tensions entre une volonté affichée de modernisation administrative et la persistance de circuits parallèles de financement. La balle est désormais dans le camp de la justice et des enquêteurs administratifs. Leurs conclusions, ou leur silence, seront lourds de sens pour l’avenir de la lutte contre la mauvaise gestion des deniers publics en République démocratique du Congo. La crédibilité des réformes engagées par le gouvernement en dépend en grande partie.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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