Ils sont revenus avec l’espoir au cœur, mais la réalité les a frappés de plein fouet. Sous un manguier au feuillage clairsemé, une jeune mère serre contre elle ses deux enfants, le regard perdu vers ce qui fut sa maison. « Nous pensions retrouver notre terre, notre vie. Il n’y a plus rien, plus de murs, plus de toit. Même les latrines ont été détruites », confie-t-elle, la voix brisée. Cette scène, désolante, se répète des dizaines de fois dans le village de Nyamamba, sur les rives du lac Albert en Ituri. Plus de 500 familles, poussées par une accalmie sécuritaire précaire, ont effectué le périlleux voyage du retour ces derniers jours. Elles retrouvent pourtant un « village fantôme », rasé par les combats, où la survie quotidienne relève du défi insurmontable.
Comment survivre dans de telles conditions ? La question hante chaque retourné. Ces familles déplacées en RDC, venues des sites de Tchomia et Kasenyi ou de l’exil en Ouganda, font face à un dénuement total. Après huit mois d’affrontements entre les Forces armées de la RDC et la milice de la Convention pour la révolution populaire (CRP), leurs habitations ont été réduites en cendres. « Il n’y a ni maisons, ni latrines. Les retournés passent la nuit sous les arbres. Tout a été rasé », alerte Akime Byharuhanga, responsable de l’ONG COARDO. L’appel au retour volontaire des autorités locales a été entendu, mais l’accompagnement et les infrastructures promises brillent par leur absence. La situation humanitaire à Nyamamba est une bombe à retardement.
La précarité est le lot commun. Des femmes enceintes, des enfants en bas âge, des personnes âgées… tous dorment à la belle étoile, vulnérables aux intempéries et aux moustiques. Leurs besoins sont criants et élémentaires : des abris d’urgence pour se protéger, de l’eau potable pour éviter le choléra, des kits de cuisine et des couvertures pour affronter les nuits fraîches de la plaine. La crise humanitaire en Ituri prend ici un visage concret, celui de familles ayant fui la violence pour se retrouver piégées dans la misère absolue. Où est la solidarité nationale ? Où sont les promesses de reconstruction ? Le retour des déplacés en Ituri se transforme en un nouveau calvaire.
Le système de santé, lui, est à l’agonie. Bien que le centre de santé local ait été physiquement réhabilité par le chef coutumier des Bahema Banywagi, il n’est qu’une coquille vide. Les murs sont debout, mais les étagères sont vides. Aucun médicament essentiel, aucun équipement médical. Cette carence expose une population déjà affaiblie par des mois de malnutrition et de stress à des risques épidémiques majeurs. Comment soigner un paludisme, une infection respiratoire, ou assurer un accouchement dans des conditions sanitaires minimales ? L’absence de réponse à cette question met en péril des vies chaque jour.
Les acteurs locaux, comme l’ONG COARDO, tirent la sonnette d’alarme avec une urgence pressante. Leur appel est lancé vers le gouvernement provincial et national, ainsi qu’à la communauté humanitaire internationale. Une intervention coordonnée et massive est nécessaire avant que la situation ne devienne incontrôlable. Il ne s’agit pas seulement de distribuer de la nourriture, mais de reconstruire les bases d’une vie digne : des abris, un accès à l’eau, des soins de santé primaires. La stabilité retrouvée dans la zone ne sera durable que si les populations rentrées peuvent y vivre en sécurité et avec un minimum de dignité.
Le drame de Nyamamba est un révélateur cruel des défis persistants en République Démocratique du Congo. Il souligne le fossé abyssal entre les déclarations politiques sur le retour de la paix et la réalité du terrain pour les civils. Ces familles ont montré une immense résilience en osant revenir. Leur courage sera-t-il récompensé par l’indifférence ? La gestion du retour des déplacés est un test crucial pour les autorités et un impératif moral pour la communauté internationale. L’embellie sécuritaire ne doit pas se transformer en mirage humanitaire. La reconstruction du village de Nyamamba, au bord du lac Albert, et le sort de ses habitants sont désormais le symbole de la capacité du pays à tourner la page de la violence et à offrir un avenir à ses enfants.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
