Lubumbashi, carrefour stratégique du cuivre et du cobalt, devient pour deux jours l’épicentre d’une réflexion cruciale sur la gouvernance minière en RDC. Alors que le pays a mobilisé plus de 20 milliards de dollars américains dans le secteur entre 2018 et 2023 selon les données de l’ITIE, un paradoxe persiste et interpelle : la croissance exponentielle des recettes minières ne se traduit pas par une amélioration tangible des conditions de vie des populations des provinces productrices. C’est ce fossé entre la manne financière et le développement local qui est au cœur d’un atelier organisé par la plateforme Le Congo n’est pas à vendre (CNPAV).
L’atelier, tenu les 23 et 24 janvier 2026, vise à renforcer les capacités d’analyse et d’interaction des organisations de la société civile. L’objectif est clair : instaurer un contrôle citoyen des finances publiques plus mordant, notamment sur l’argent issu du sous-sol. Fabien Mayani, membre du comité de pilotage du CNPAV, pointe du doigt l’opacité persistante. « Après la révision du code minier, les recettes ont augmenté, portées par les prix mondiaux et la production. Mais sur le terrain, la pauvreté continue de s’aggraver. Le Congo reste parmi les pays les plus pauvres du monde. C’est ce paradoxe qui motive ce projet », explique-t-il, soulignant ainsi l’urgence d’une traçabilité absolue des flux financiers.
La question centrale, martelée lors des échanges, est d’une simplicité désarmante : Où va l’argent ? Comment sont affectés les dizaines, voire les centaines de millions de dollars de redevances et taxes perçus annuellement par des provinces comme le Haut-Katanga, le Lualaba et le Haut-Uele ? Fabien Mayani illustre son propos par un exemple concret : « Si le Haut-Katanga perçoit 20 millions de dollars au titre de la redevance minière, comment ces fonds sont-ils utilisés ? L’objectif de cet atelier est justement de trouver les moyens pour que la population puisse répondre à cette question. »
Cette opacité n’est pas le seul défi. Boniface Umpula, autre expert présent à l’atelier de Lubumbashi, dresse un tableau des obstacles structurels à une gestion vertueuse. « Les difficultés sont multiples : gestion hasardeuse des recettes, planification défaillante dans les entités territoriales, non-respect des règles, manque criant de transparence et de redevabilité », déplore-t-il. Il insiste sur le rôle défaillant des organes de contrôle et sur l’impérieuse nécessité d’informer les citoyens via des rapports de gestion clairs et accessibles. Sans cette information, tout mécanisme de contrôle citoyen reste lettre morte.
Face à ce constat sévère, les pistes de solutions esquissées sont tournées vers l’action et la sanction. Les participants plaident pour un renforcement musclé du rôle de la Cour des comptes et de l’Inspection générale des finances (IGF). La promotion d’une culture de la transparence, un contrôle accru des marchés publics et le renforcement des capacités de planification des collectivités locales figurent également en bonne place dans l’agenda proposé. Mais la clé de voûte, selon les experts, réside dans le pouvoir revendicatif des populations elles-mêmes, qui doivent être outillées pour « exiger des comptes, sans exclure la sanction des mauvais gestionnaires ».
Cet événement à Lubumbashi dépasse le simple cadre d’un séminaire. Il symbolise la montée en puissance d’une société civile congolaise déterminée à faire de la gouvernance financière un levier de développement réel. Dans un contexte économique mondial où la demande en minerais critiques (cobalt, cuivre) ne cesse de croître, la pression sur les ressources de la RDC est extrême. Garantir que cette richesse générée bénéficie enfin aux communautés locales et au budget national n’est plus seulement une question d’éthique ; c’est une condition sine qua non pour une stabilité sociale et une croissance économique inclusive et durable. Le chemin vers une transparence des ressources minières totale est encore long, mais les bases d’un audit citoyen systématique sont en train d’être posées dans la capitale du cuivre.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
