La réouverture partielle de l’avenue Bokasa, annoncée ce jeudi 22 janvier 2026 par le ministre provincial des infrastructures et travaux publics, Alain Tshilungu, s’inscrit dans une stratégie de communication politique aussi bien rodée que les engins de chantier. Cet axe majeur, reliant l’avenue Funa dans la commune de Barumbu au boulevard du 30 juin, retrouve une circulation normale, mettant fin – provisoirement – au régime de sens unique qui régnait en maître. Une décision présentée comme un geste envers les usagers étouffés par les embouteillages chroniques, mais qui révèle surtout la pression de l’échéance du programme Kin Bopeto.
Le ministre Tshilungu, dans un communiqué soigneusement calibré, a brandi la promesse d’une fluidification du trafic et d’un désengorgement de ce carrefour névralgique de la capitale. Derrière l’annonce officielle, une réalité plus complexe se dessine. Cette réouverture, qualifiée de « partielle », n’est-elle pas avant tout une concession tactique pour calmer l’impatience populaire et maintenir l’adhésion au vaste projet de réhabilitation urbaine ? La poursuite « progressive » des travaux, évoquée en filigrane, laisse planer le doute sur un calendrier peut-être moins maîtrisé qu’affiché.
La qualité des travaux exécutés sur l’avenue Bokasa a été placée au cœur du discours rassurant du membre du gouvernement provincial de Kinshasa. Alain Tshilungu s’est voulu formel : les normes ont été respectées, la nouvelle chaussée en béton armé est destinée à durer, mettant fin aux « dégradations intempestives » du passé. Un langage technique et rassurant, typique des annonces de grands chantiers publics. Mais cette promesse de durabilité, maintes fois entendue à Kinshasa, parviendra-t-elle à convaincre des Kinois souvent confrontés à la précarité des infrastructures ? La foi dans le béton armé suffira-t-elle à sceller la confiance des citoyens ?
La réhabilitation de l’avenue Bokasa dépasse le simple cadre technique. Elle est un marqueur politique fort pour l’Exécutif provincial. Chaque tronçon rouvert est une victoire à afficher, une preuve tangible – du moins en apparence – de la matérialisation du programme Kin Bopeto. En exprimant sa gratitude envers les usagers pour leur patience et en remerciant les autorités civiles, militaires et policières, le ministre Tshilungu ne fait pas que de la politesse protocolaire. Il tisse la narration d’un pouvoir à l’écoute, capable de maintenir l’ordre et de récompenser la patience populaire. Une scénographie parfaite où chacun joue son rôle dans l’avancée des travaux publics à Kinshasa.
Cette phase transitoire, cependant, n’est pas sans risques. L’exhortation du ministre à observer strictement la signalisation et les consignes de sécurité révèle les tensions inhérentes à un chantier en activité dans un environnement urbain dense. La cohabitation entre la circulation retrouvée et la poursuite des travaux sur d’autres segments exigera une vigilance de tous les instants. Un accident ou un dysfonctionnement majeur pourrait rapidement écorner le vernis de succès de cette opération et renvoyer l’Exécutif provincial à ses responsabilités, voire à ses impérities passées.
L’annonce d’Alain Tshilungu concernant l’avenue Bokasa apparaît donc comme un exercice d’équilibre. Il s’agit de donner un gage immédiat à la population tout en préservant le cap du long terme fixé par Kin Bopeto. La réouverture partielle est un soupir de soulagement pour les automobilistes, mais elle n’est qu’une étape. Les prochains mois seront décisifs pour juger de l’efficacité réelle de cette stratégie de communication par le bitume. La capacité du gouvernement provincial à tenir ses promesses techniques et calendaires, au-delà des communiqués, sera scrutée à la loupe. L’avenue Bokasa, dans sa nouvelle version, deviendra-t-elle le symbole d’une Kinshasa qui se modernise durablement, ou simplement un autre épisode dans la longue série des annonces à l’effet limité ? La réponse se construira, jour après jour, sur le béton encore frais de sa chaussée.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
