Une nouvelle vague de violence a secoué la chefferie de Bwito, dans le territoire de Rutshuru, plongeant davantage la région du Nord-Kivu dans une crise humanitaire aiguë. L’attaque perpétrée le 19 janvier dernier contre des civils mobilisés pour des travaux communautaires illustre la brutalité du conflit M23 et des groupes armés locaux. Selon un communiqué de Médecins sans frontières (MSF), au moins 32 personnes, principalement des civils, ont été blessées par balles ou éclats d’obus et prises en charge à Nyanzale en l’espace de trois jours.
L’incident s’est produit dans la localité de Kiyeye, groupement de Kihondo. Des miliciens du CMC, alliés aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), auraient tendu une embuscade à des civils encadrés par des combattants de l’AFC/M23. Le bilan immédiat fait état de dizaines de blessés, victimes de tirs directs et d’explosions. Dans la foulée de l’assaut, plusieurs habitations de civils ont été réduites en cendres, selon les témoignages recueillis par les humanitaires. Comment une telle violence peut-elle encore frapper des populations déjà exsangues ?
Cette attaque ciblant des non-combattants marque une escalade préoccupante dans le conflit M23 et les violences persistantes à Rutshuru. Elle intervient dans un contexte de combats récurrents entre les rebelles du M23 et les milices d’autodéfense locales, les Wazalendo, soutenues par l’armée régulière. Des tirs croisés ont été rapportés cette semaine dans plusieurs groupements du sud de Bwito, notamment Mutanda, Kihondo et Bukombo. Cette instabilité chronique rend tout retour à la normalité impossible et alimente un cycle infernal de déplacement et de souffrance.
La conséquence directe de ces affrontements est l’explosion du nombre de déplacés internes en RDC. Fuyant les zones de combat, des milliers de familles abandonnent tout, cherchant une sécurité illusoire plus au nord. Cet exode massif aggrave une situation humanitaire Nord-Kivu déjà catastrophique. MSF alerte sur les conditions de vie désastreuses de ces populations : accès limité à l’eau potable et à l’hygiène, abris de fortune, pénurie alimentaire et manque criant d’articles de première nécessité. Les risques d’épidémies et de malnutrition sévère augmentent de façon exponentielle.
La situation humanitaire à Bwito Rutshuru est donc au bord de l’effondrement. Les organisations présentes sur le terrain, comme MSF, font face à un afflux de blessés et de déplacés dans un contexte d’accès extrêmement restreint et d’insécurité permanente. Les besoins en soins médicaux, en nourriture et en abris dépassent largement les capacités de réponse. La communauté internationale et les autorités congolaises sont-elles à la hauteur de l’urgence ? La réponse humanitaire peine à suivre la rapidité de la dégradation sécuritaire.
Au-delà des soins d’urgence, c’est la protection des civils qui est en jeu. L’utilisation de la population comme cible ou comme bouclier humain dans ce conflit constitue une violation flagrante du droit international humanitaire. L’impunité dont bénéficient les auteurs de ces exactions perpétue le cycle de la violence Nord-Kivu. Une enquête indépendante pour identifier et sanctionner les responsables de l’attaque du 19 janvier serait un premier pas vers la justice et la dissuasion.
En attendant, les déplacés internes RDC continuent d’errer, portant sur leurs épaules le poids d’un conflit qui les dépasse. L’escalade des combats autour de Bwito laisse présager une aggravation du drame dans les prochains jours. Sans une pression diplomatique forte pour un cessez-le-feu et un renforcement significatif de l’aide humanitaire, la région s’enfonce dans une catastrophe aux conséquences humaines incalculables. Le temps presse pour des milliers de vies suspendues à la prochaine rafale.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
