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Pont Wele réhabilité : La résurrection d’un axe vital pour l’économie du Nord-Kivu

« Chaque matin, c’est le même casse-tête. Devrais-je payer pour que mon fils traverse la rivière en pirogue pour aller à l’école, ou devrais-je utiliser cet argent pour acheter du pain ? » Cette interrogation déchirante, des centaines de parents de la chefferie de Ndo, dans le territoire d’Aru, se la posent depuis 2019. Cette année-là, le pont Wele, jeté sur la rivière Kandoy, s’effondrait sous le poids d’un camion, coupant une artère essentielle aux échanges entre les territoires d’Aru et de Mahagi. Aujourd’hui, un espoir renaît avec le lancement des travaux de réhabilitation du pont, financés à bout de bras par la population locale. Mais la route vers la normalisation est longue, et les cicrices économiques sont profondes.

Imaginez un instant : pour simplement se rendre en classe, des élèves doivent quotidiennement confier leur sécurité à des embarcations de fortune, au prix de 200 francs congolais par traversée. Une somme dérisoire en apparence, mais un gouffre pour des familles déjà accablées par la précarité. « La majorité des parents ici survivent, ils ne vivent pas. Cette taxe de la rivière est un fardeau de plus sur leurs épaules déjà courbées », confie un habitant sous le couvert de l’anonymat. Cette entrave à la mobilité scolaire n’est que la face visible d’un iceberg aux conséquences économiques dévastatrices pour toute la région du Nord-Kivu.

Car au-delà des écoliers, c’est toute l’économie locale qui étouffe. Les motocyclistes, véritables artères du transport artisanal, voient leur marge s’éroder avec un péage improvisé à 1 500 francs par passage. Mais le plus lourd tribut est payé par les opérateurs économiques et, in fine, par les consommateurs. Dieudonné Tchombe, responsable de la société civile dans le territoire d’Aru, dresse un constat amer : « Tous les produits manufacturés ont subi une flambée des prix. Une tôle est passée de 20 000 à 30 000 francs. Le ciment a bondi de 32 000 à 56 000 francs. Les commerçants justifient cela par des frais exorbitants de traversée, parfois entre 300 000 et 400 000 francs par voyage pour leurs marchandises. » Comment une communauté peut-elle se développer lorsque le coût de la vie est ainsi multiplié par la simple traversée d’une rivière ?

Face à cette urgence, les autorités locales de la chefferie de Ndo ont pris les choses en main. Le projet de réhabilitation de cet ouvrage de 15 mètres de long sur 7 de large est aujourd’hui une réalité, porté par une contribution populaire estimée à près de 90 000 dollars américains. Un effort colossal qui témoigne de la résilience et de la détermination des populations. « C’est notre pont, c’est notre vie. Nous n’avons pas pu attendre plus longtemps une aide qui ne venait pas », explique un notable impliqué dans la collecte de fonds. Cependant, cet élan citoyen a ses limites. Les autorités traditionnelles lancent un appel pressant au gouvernement pour un appui complémentaire, crucial pour achever les travaux et garantir la solidité et la pérennité de l’infrastructure.

La remise en état du pont Wele va bien au-delà de la simple commodité. C’est un enjeu de sécurité et de souveraineté. Cet ouvrage stratégique facilitera considérablement la mobilité des forces de l’ordre et de sécurité dans une région encore marquée par l’activité de groupes armés. Une meilleure circulation signifie une capacité de réponse accrue, une présence renforcée et, à terme, une pacification plus efficace. La réhabilitation de ce pont est donc une pierre angulaire pour la stabilité et le développement du Nord-Kivu.

L’histoire du pont Wele est un microcosme des défis de la RDC : des infrastructures vitales laissées à l’abandon, des populations qui se débrouillent dans l’adversité, et une économie locale qui ploie sous le poids des disfonctionnements. La résilience dont font preuve les habitants du territoire d’Aru est admirable, mais elle ne doit pas servir d’alibi à l’inaction des plus hautes sphères de l’État. La reconstruction de ce pont symbolise l’espoir d’une reprise en main par les communautés sur leur destin. Reste à savoir si les institutions sauront entendre cet appel et transformer cet élan local en une victoire collective pour l’économie locale et la cohésion sociale de toute une région. La traversée de la rivière Kandoy sera-t-elle bientôt synonyme de renaissance plutôt que de fardeau ? La réponse se construit, poutre après poutre, sur les berges de la rivière.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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