Dans l’obscurité persistante de Kakobola, Joachim Kusamba, président de la société civile de Gungu, pose un regard désabusé sur les bornes électriques silencieuses. « Rien n’a été fait pour les autochtones. Kakobola et le reste sont dans le noir. Ils ont seulement placé les bornes. Jusqu’aujourd’hui, la population de Kakobola n’a bénéficié d’aucun poteau pouvant donner l’espoir que, lors de l’inauguration, elle sera éclairée », déplore-t-il, résumant le sentiment d’abandon qui frappe le cœur même du barrage Kakobola. Soixante jours après la promesse solennelle du ministre des Ressources hydrauliques, l’électricité Kwilu reste une illusion pour des milliers de ménages.
La promesse était pourtant claire : fin novembre 2025, lors des assises Makutano, le ministre annonçait le lancement du courant sous 45 jours. Un éclair d’espoir pour les territoires de Gungu et d’Idiofa, ainsi que pour la ville de Kikwit. Aujourd’hui, le compte à rebours est dépassé, et l’obscurité règne toujours. Comment expliquer ces retards projet hydroélectrique alors que sur le terrain, les avancées techniques semblent tangibles ? À Idiofa, 1 800 ménages étaient raccordés en novembre. À Kikwit, 8 000 abonnés sur les 10 000 attendus ont vu des compteurs et des disjoncteurs installés chez eux. La sous-station est prête depuis 2024, les poteaux plantés, les câbles tirés. La cellule d’exécution elle-même affirme que rien ne s’oppose techniquement à la mise en service. Alors, où est le problème ?
« Le constat est que le gouvernement fait des promesses chaque fois que nous arrivons à la veille de la fête de la Saint-Sylvestre, des élections et du 30 juin », analyse avec amertume le Dr Guy Kilundu, leader d’opinion au Kwilu. Sa question fuse, lourde de sens pour des populations sans courant : « Pourquoi ce blocage ? ». Cette interrogation résonne dans les foyers où l’on s’éclaire encore à la lampe torche ou au pétrole, malgré la proximité d’une infrastructure censée changer leur vie. Les promesses gouvernementales RDC sont-elles condamnées à n’être que des mots dans le vent ? Le Dr Kilundu en appelle à une mobilisation de tous les élus de la province pour briser cette inertie et concrétiser enfin ce « vieux projet ».
Le contraste est saisissant entre les zones partiellement équipées et le village de Kakobola lui-même. Là où l’ouvrage hydroélectrique puise son énergie, les gardiens des terres, les populations autochtones, vivent dans un dénuement total. Aucun poteau, aucun câble ne traverse leur village. Le projet, symbole de modernité, les ignore complètement. En guise de compensation, ils réclament non pas une simple aide, mais un investissement durable : la construction d’un Institut Technique Professionnel et d’un centre de santé moderne. Leur mémorandum est un cri pour l’inclusion et le développement local, une demande de participation aux bénéfices de l’ouvrage construit sur leurs terres.
Parallèlement, les autorités évoquent des travaux de maintenance du réseau de distribution et le déménagement du réseau thermique comme causes des délais. Des explications techniques qui peinent à convaincre une population lassée par des années d’attente. L’électricité n’est pas qu’une commodité ; elle est le souffle du développement économique, la clé de l’éducation, le pilier de la santé. Sans elle, les petites entreprises stagnent, les étudiants peinent à étudier après le coucher du soleil, et les centres de santé ne peuvent conserver des médicaments.
La situation à Kakobola est un microcosme des défis de la RDC : des infrastructures stratégiques retardées, des promesses non tenues qui érodent la confiance citoyenne, et des communautés locales souvent laissées pour compte dans le récit du progrès. Chaque jour passé sans courant est un jour de développement perdu pour le Kwilu. Jusqu’à quand devra-t-on attendre pour voir la lumière jaillir enfin de la force des eaux de Kakobola ? L’enjeu dépasse la simple fourniture d’énergie ; il touche à la crédibilité de l’action publique et à la justice sociale pour des milliers de Congolais qui méritent mieux que des promesses dans l’obscurité.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
