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Olenghankoy au sommet de Lomé : l’Union africaine seule ne suffira pas à sauver la RDC

Le sommet de Lomé consacré à la recherche de la paix en République démocratique du Congo a suscité une satisfaction de principe, rapidement tempérée par un réalisme acéré. Joseph Olenghankoy, président du Conseil national de suivi de l’accord de la Saint-Sylvestre (CNSA), a certes salué les « premiers résultats » de la rencontre, notamment l’harmonisation et la rationalisation des différents processus de paix placés sous l’égide de l’Union africaine. Une avancée théorique qui, selon le Sage de la République, ne saurait constituer une fin en soi. Derrière les déclarations diplomatiques, une question fondamentale persiste : la communauté internationale peut-elle, à elle seule, résoudre une crise dont les racines sont profondément ancrées dans le sol congolais ?

La position de Joseph Olenghankoy est celle d’un équilibriste, oscillant entre la reconnaissance des progrès et la dénonciation de leurs limites intrinsèques. S’il voit dans l’initiative togolaise « une étape importante », il rappelle avec fermeté que la « seule voie diplomatique demeure insuffisante » face à une crise qualifiée de multiforme et multidimensionnelle. Cette mise en garde n’est pas anodine ; elle pointe du doigt l’écueil majeur identifié par le CNSA : la multiplicité des acteurs et des initiatives. Cette prolifération, avertit Olenghankoy, génère des risques de chevauchements, de contradictions et de conflits d’intérêts, sapant l’unité d’action et l’efficacité recherchée. L’harmonisation sous l’UA est donc un premier pas, mais le chemin vers une paix durable en RDC reste semé d’embûches bureaucratiques et politiques.

Le cœur de l’analyse du leader des FONUS réside dans un constat implacable : la crise congolaise ne saurait être réduite à sa seule dimension militaro-sécuritaire. Pour Joseph Olenghankoy, une solution durable exige impérativement une approche globale, intégrant une « dimension politique forte ». C’est ici que le bât blesse. Cette dimension politique, selon lui, ne peut émerger que d’un seul creuset : un dialogue intercongolais véritablement inclusif, érigé en « urgence vitale ». Son argumentation puise dans une rhétorique de la souveraineté et de la responsabilité nationale. Il n’est « ni honorable ni responsable », affirme-t-il, pour un peuple et son État de laisser croire que leur salut dépend exclusivement de l’intervention étrangère. Le Congo, « grand pays au cœur de l’Afrique », doit mobiliser son « génie propre » et rassembler toutes ses composantes autour d’un projet commun.

Cette référence assumée à une certaine pensée panafricaine, évoquant Frantz Fanon, sert de fondement à son plaidoyer pour une concertation nationale comme socle de la cohésion. Ce dialogue, catalyseur de l’unité et de l’intégrité territoriale, serait le seul capable de conjuguer paix sécuritaire, civile et politique. Mais Olenghankoy place la barre haut, et surtout, il désigne clairement le garant de ce processus : le président de la République, en vertu de l’article 69 de la Constitution. Une désignation qui sonne comme un rappel à l’ordre, soulignant une responsabilité première qui ne peut être déléguée aux capitales étrangères ou aux instances continentales.

Or, le climat nécessaire à un tel dialogue semble loin d’être réuni. Le CNSA exprime ainsi de vives préoccupations face à des arrestations d’acteurs politiques et de leaders d’opinion, qualifiées de contre-productives. Ces actions, parfois perçues comme des enlèvements, jettent selon lui un voile de suspicion sur l’action de l’État et alimentent un exil préjudiciable à la cohésion nationale. L’appel à la « transparence républicaine » et au « strict respect des procédures légales » est un avertissement codé : comment construire la confiance, pilier du dialogue, dans un contexte où la répression politique semble prendre le pas sur l’inclusion ? Ces arrestations arbitraires minent le projet même de paix intérieure que prône Olenghankoy.

Au final, le bilan dressé par Joseph Olenghankoy est en demi-teinte. Le sommet de Lomé et la rationalisation des processus sous l’UA représentent une architecture nécessaire, mais qui reste un cadre vide sans contenu politique endogène. La vraie bataille pour la paix en RDC ne se gagnera ni à Lomé ni à Addis-Abeba, mais dans la capacité des Congolais eux-mêmes à initier un dialogue franc, à écarter les pratiques d’exclusion et à créer un climat de confiance. Le président du CNSA joue ici un rôle de sentinelle, saluant les efforts internationaux tout en rappelant avec insistance que l’avenir du Congo se décidera d’abord au Congo. La balle est désormais dans le camp des autorités de Kinshasa : sauront-elles transformer ce rappel à la souveraineté et à la responsabilité en actes concrets, ou continueront-elles à naviguer à vue entre pressions internationales et gestion sécuritaire interne ? L’efficacité de la nouvelle feuille de route issue de Lomé en dépendra directement.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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