Dans un geste qui pourrait marquer un tournant pour des milliers d’éducateurs oubliés, le gouvernement de la République Démocratique du Congo a annoncé le déblocage d’une enveloppe colossale de 13,7 milliards de francs congolais. Destinée au paiement des enseignants œuvrant dans les territoires les plus reculés du pays, cette mesure vise à solder des arriérés de salaires qui minent depuis longtemps la crédibilité du système éducatif national. Mais que signifie réellement cette injection de fonds pour les enseignants sur le terrain, souvent livrés à eux-mêmes dans des zones dépourvues de toute infrastructure de base ?
Le communiqué, signé par Boniface Mbaka, chef de service à la Direction nationale de contrôle (Dinacope), est clair : l’opérateur de paie mandaté, SMF Ifod SA, est désormais en possession des fonds et a pour instruction impérative de régler « l’ensemble des arriérés de salaires et des frais de fonctionnement ». Cette directive s’adresse particulièrement aux directeurs provinciaux de l’Enseignement, souvent premiers interlocuteurs des enseignants en détresse. La promesse est d’assurer le « paiement intégral de tous les enseignants dont la rémunération relève de sa responsabilité », conformément aux engagements répétés du gouvernement congolais en matière d’éducation.
Derrière cette annonce administrative se cache une réalité humaine souvent amère. Les zones à accès difficile RDC ne sont pas une simple expression bureaucratique. Il s’agit de vastes territoires, parfois enclavés pendant des mois pendant la saison des pluies, où les enseignants exercent leur métier dans des conditions extrêmes. Leur motivation première ? La passion d’instruire les futures générations. Pourtant, comment maintenir cette flamme pédagogique lorsque les mois, voire les années, passent sans voir la couleur d’un salaire ? Les arriérés accumulés ne sont pas seulement un problème comptable ; ils érodent la dignité professionnelle et poussent nombre d’entre eux à abandonner leurs postes, aggravant ainsi la crise de l’éducation dans des régions déjà marginalisées.
La désignation de SMF Ifod SA comme unique canal pour ce paiement enseignants RDC soulève également des questions pratiques. Cet opérateur parviendra-t-il à toucher les bénéficiaires les plus isolés, là où même les réseaux bancaires et mobiles-argent peinent à pénétrer ? Le succès de cette opération dépendra de la logistique déployée pour acheminer les fonds en toute sécurité et transparence. L’enjeu est de taille : renforcer la crédibilité d’un gouvernement congolais éducation souvent critiqué pour la lenteur de ses processus et les dysfonctionnements chroniques de sa chaîne de paiement.
Au-delà du règlement des dettes passées, cette initiative s’inscrit dans une volonté affichée de garantir la régularité future de la rémunération. Stabiliser la situation financière des enseignants en zones difficiles est un prérequis essentiel pour attirer et retenir des compétences dans ces postes. Peut-on véritablement construire un système éducatif équitable et performant si ceux qui en sont les piliers dans les régions les plus pauvres sont systématiquement négligés ? La réponse du gouvernement, à travers ce paiement massif, semble vouloir tourner la page sur des années de négligence.
Toutefois, un seul versement, aussi important soit-il, ne suffira pas. La communauté éducative et les observateurs attendront de voir si cette mesure est le prélude à une réforme structurelle et pérenne de la gestion de la masse salariale. Les enseignants des zones urbaines, qui connaissent aussi des retards de paiement, observeront avec attention si cet effort en faveur des zones difficiles présage un assainissement global. La balle est désormais dans le camp de l’opérateur SMF Ifod SA et des autorités provinciales pour exécuter ces instructions avec célérité et intégrité. L’avenir de l’école congolaise, particulièrement dans ses confins les plus oubliés, en dépend directement.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: mediacongo.net
