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Kasaï : le gouverneur Mukendi dénonce l’asphyxie financière et l’abandon de l’État central

Sur l’estrade de Tshikapa, face à une foule dont la présence du secrétaire permanent de l’Union sacrée, André Mbata, n’est pas fortuite, le gouverneur Crispin Mukendi Bukasa a dressé un constat implacable. Son intervention, plus qu’un simple rapport d’étape, s’apparente à un réquisitoire contre un système de rétrocession provinces qu’il estime défaillant, voire paralysant. Bientôt deux ans après son élection, le chef de l’exécututif du Kasaï affirme n’avoir perçu que deux tranches de rétrovention, pour un total dérisoire de 45 000 dollars. « Avec cette somme, par où commencer et quelle priorité toucher ? », lance-t-il, résumant ainsi le dilemme de tout responsable provincial pris en étau entre des attentes colossales et des moyens dérisoires. Ce cri du cœur, amplifié par la tribune politique, dépasse la simple doléance pour interroger les fondements mêmes de la décentralisation et l’effectivité du soutien État central.

La question centrale, posée avec une franchise inhabituelle dans l’arène publique, est celle de la viabilité financière des entités décentralisées. Le gouverneur Mukendi détaille une équation budgétaire intenable : des charges de fonctionnement pléthoriques, une dette héritée de deux millions de dollars, et des prélèvements structurels qui grèvent d’emblée les maigres ressources. La province parviendrait à mobiliser environ 300 millions de francs congolais par mois en finances publiques RDC, mais cette performance est immédiatement absorbée par des obligations incontournables – apurement de dettes, rémunération des agents de la régie financière, fonctionnement de l’assemblée provinciale. Cette autopsie des comptes publics provinciaux révèle un mécanisme où les efforts de mobilisation des recettes propres sont systématiquement annihilés par un carcan de dépenses pré-engagées, laissant une marge de manœuvre proche de zéro pour l’investissement et le développement. N’est-ce pas le signe d’une décentralisation financièrement boiteuse, où l’autonomie promise se heurte à une réalité comptable implacable ?

L’analyse du gouverneur Kasaï crise financière pointe directement la relation entre la province et le pouvoir central. Son accusation est sans ambages : « En dehors des projets du Chef de l’État, le Kasaï ne bénéficie d’aucun autre projet initié par le pouvoir central. » Cette déclaration, faite en présence d’un haut responsable de la majorité présidentielle, sonne comme un avertissement politique. Elle souligne le risque de voir les provinces, surtout celles de l’intérieur, marginalisées dans l’allocation des ressources nationales, dépendant entièrement de la bienveillance et de la priorisation décidées à Kinshasa. Le soutien État central n’est donc pas perçu comme un filet de sécurité fiable, mais comme un flux erratique et insuffisant, incapable de garantir la stabilité administrative, encore moins de financer des projets structurants. Le gouvernement joue-t-il un double jeu, promouvant la décentralisation sur la scène politique tout en l’étouffant par l’asphyxie budgétaire ?

La stratégie de Crispin Mukendi Bukasa est intéressante à décrypter. En portant ce débat sur la place publique, lors d’un meeting populaire, il dépasse le cadre technique du rapport financier pour en faire un enjeu politique et populaire. Il place l’État central face à ses responsabilités et à ses contradictions. Soit Kinshasa assume pleinement son rôle d’accompagnateur et débloque des mécanismes de rétrocession provinces plus fluides et prévisibles, soit il assume l’échec de la pleine autonomie promise aux provinces. La balle est désormais dans le camp du gouvernement. L’urgence, clamée par le gouverneur, n’est pas seulement financière ; elle est éminemment politique. L’impasse actuelle, si elle perdure, pourrait bien fragiliser la crédibilité des institutions provinciales et alimenter un sentiment d’abandon dans des régions déjà en quête d’équité et de développement. La gestion de cette crise financière locale sera un test pour la solidité du pacte entre le centre et les périphéries en République Démocratique du Congo. La suite montrera si l’appel pressant de Tshikapa a été entendu comme un signal d’alarme ou ignoré comme une simple lamentation protocolaire. L’enjeu est de taille : il s’agit de démontrer que la décentralisation n’est pas un vain mot, mais un levier effectif de gouvernance et de développement pour toutes les composantes de la nation.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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