« Je ne vais plus dépendre de qui que ce soit. Avec cette machine à coudre, je deviens ma propre patronne. » Les yeux brillants de détermination, cette adolescente de Kananga vient de recevoir, comme 121 autres jeunes, un kit de travail qui matérialise la fin de sa formation et le début d’une vie professionnelle. Mercredi 21 janvier, la Division provinciale des Affaires sociales du Kasaï-Central, soutenue financièrement par l’UNICEF, a officiellement remis ces précieux outils à des enfants issus de familles démunies, marquant une étape cruciale dans leur parcours d’autonomisation.
Ces kits, composés de machines à coudre, d’outils de menuiserie et de mécanique, ne sont pas de simples dons. Ils sont le fruit de plusieurs mois d’apprentissage intensif dans des centres de formation professionnelle en RDC. Ils représentent un pont fragile mais solide jeté entre la précarité extrême et une future stabilité économique. « Avant, je regardais les autres travailler sans pouvoir faire quoi que ce soit. Aujourd’hui, je sais couper, coudre et confectionner. Je vais pouvoir aider ma famille et me construire un avenir », explique une autre bénéficiaire, serrant contre elle sa nouvelle machine.
L’émotion était palpable lors de cette cérémonie organisée à Kananga. Pour ces jeunes, souvent en rupture scolaire ou contraints par la pauvreté, ce geste symbolise une reconnaissance de leurs efforts et une confiance en leur potentiel. Un jeune formé en mécanique automobile partage sa vision avec une franchise touchante : « Mon rêve est d’ouvrir mon propre petit garage. Réparer des motos, c’est un besoin quotidien ici. Cela me permettra de gagner ma vie honnêtement, sans avoir à mendier ou à faire des petits boulots dangereux. » Son témoignage résume l’espoir que suscite cette initiative de réinsertion par la formation professionnelle en RDC.
Mais derrière cette journée de célébration se cache un impératif de suivi et de responsabilisation. La ministre provinciale des Affaires sociales, Marie-Isabelle Bampende, présente pour l’occasion, a adressé un message ferme aux bénéficiaires et à leurs familles. Elle a mis en garde contre toute tentation de brader ce matériel, qui doit rester un outil de travail et non devenir une marchandise de survie à court terme. « Ces kits sont un investissement dans votre avenir. Les vendre, c’est vendre votre chance de vous en sortir durablement », a-t-elle insisté, rappelant que les services des affaires sociales à Kananga assureront un monitoring pour vérifier l’installation effective de ces nouveaux artisans.
Cet avertissement soulève une question essentielle : comment s’assurer que ces kits de travail pour enfants à Kananga remplissent leur mission sur le long terme ? L’accès à un métier est une chose, mais le jeune artisan a-t-il les moyens de se lancer ? Connaît-il les bases de la gestion ? Dispose-t-il d’un réseau pour écouler sa production ? L’initiative de l’UNICEF au Kasaï-Central va au-delà du simple équipement. Elle s’inscrit dans un programme plus vaste de protection de l’enfance visant à offrir des alternatives concrètes aux mineurs les plus vulnérables.
Ce programme comprend un accompagnement psychosocial et un suivi post-formation, des éléments clés pour consolider les acquis et prévenir les rechutes dans la précarité. L’objectif est de briser le cycle intergénérationnel de la pauvreté en dotant ces jeunes de compétences utiles et immédiatement monnayables sur le marché local. La stratégie est pragmatique : former des couturiers, des menuisiers, des mécaniciens, répondant ainsi à des besoins économiques réels dans la province.
L’autonomisation des enfants défavorisés passe par ce type d’action concrète. Elle nécessite un partenariat solide entre les institutions étatiques, comme la division des Affaires sociales, et les agences onusiennes comme l’UNICEF. Elle demande aussi un engagement communautaire pour encourager et soutenir ces jeunes entrepreneurs en herbe. À Kananga, où les opportunités sont rares, chaque atelier ouvert, chaque pièce cousue, chaque moteur réparé représente une victoire contre le fatalisme et le désœuvrement.
La remise de ces kits est donc bien plus qu’un événement protocolaire. C’est un acte de foi dans la capacité de la jeunesse congolaise à se prendre en charge, malgré des conditions de départ extrêmement difficiles. Cela pose aussi un défi aux autorités et à la société civile : celui de créer un environnement économique et social suffisamment porteur pour que ces 122 jeunes, et tous ceux qui suivront, puissent véritablement prospérer. Leur réussite serait le meilleur indicateur de l’efficacité des politiques sociales en RDC. Leur échec, quant à lui, serait un gâchis humain et économique intolérable. L’investissement dans la formation professionnelle des jeunes vulnérables n’est pas une dépense, c’est la semence indispensable pour une récolte de stabilité et de développement futur.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
