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Kwilu : la Conférence des gouverneurs suspendue aux travaux d’aéroports ?

La tenue de la 13e session de la Conférence des gouverneurs, rendez-vous politique incontournable du processus de décentralisation en République Démocratique du Congo, se trouve aujourd’hui dans l’impasse d’un paradoxe infrastructurel. Alors que cette instance, cruciale pour la coordination entre l’État central et les provinces, devait se réunir au Kwilu, son organisation est suspendue à la réhabilitation d’aéroports dont les travaux traînent en longueur. Les préparatifs de cette conférence provinciales butent-ils sur l’incapacité chronique à réaliser des ouvrages structurants ? Une récente séance de travail à la Primature a jeté une lumière crue sur les blocages qui pourraient fragiliser la crédibilité même de l’événement.

Autour du directeur de cabinet adjoint de la Première ministre, les responsables se sont penchés sur l’épineux dossier de l’état d’avancement des travaux. La présence du secrétaire permanent de la conférence, du vice-gouverneur du Kwilu et des directeurs généraux de l’Agence Congolaise des Grands Travaux (ACGT) et de la société Safrimex RDC témoignait de l’urgence de la situation. Les échanges, centrés sur les aéroports de Bandundu et de Kikwit, ont révélé une réalité alarmante : les travaux de réhabilitation de la piste et du tarmac de Bandundu sont actuellement à l’arrêt. Cette suspension, consécutive à la résiliation d’un contrat pour insuffisance technique et financière de l’entreprise initiale, pose une question fondamentale sur la rigueur dans le choix des partenaires pour des projets d’une telle envergure.

Le gouvernement, par la voix de ses représentants, semble désormais jouer la carte de la dernière chance en confiant les travaux à la société Safrimex. Jean-Rigobert Tshimanga, secrétaire permanent de la conférence, a été sans ambages : « Le gouvernement de la République n’a pas besoin de travaux bricolés, mais plutôt de travaux qui permettent à Bandundu d’avoir un aéroport digne de son rang. » Cette déclaration, aussi ferme soit-elle, sonne comme un aveu des errements passés. L’opération de sauvetage engagée consiste à prioriser des travaux de renforcement pour permettre l’atterrissage des délégations, tandis que la construction complète se poursuivra. Cette stratégie en deux temps n’est-elle pas le signe d’une planification précipitée, où l’urgence politique prime sur la réalisation d’infrastructures pérennes ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon l’Office des routes, les taux d’exécution ne sont qu’à 23% pour l’aéroport Bandundu réhabilitation et à 15% pour les travaux aéroport Kikwit. Un bilan maigre qui contraste avec les déclarations optimistes du vice-gouverneur du Kwilu, le professeur Espoir Masamanki, assurant d’une « forte mobilisation en prélude de la publication des nouvelles dates. » La population, dit-il, est motivée. Mais la motivation suffit-elle à combler le retard d’investissements et de compétences techniques ? La confiance placée en Safrimex RDC, désormais maître d’œuvre, sera-t-elle mieux fondée ? L’ACGT, coordinatrice des études de faisabilité, a pour tâche de veiller à ce que les nouveaux travaux ne reproduisent pas les erreurs du passé.

Au-delà des pistes d’atterrissage, c’est la symbolique politique qui est en jeu. La Conférence des gouverneurs Kwilu est conçue comme un outil de gouvernance et de cohésion nationale. Son report ou son organisation dans des conditions précaires enverrait un signal désastreux sur la capacité de l’État à maîtriser son territoire et à honorer ses engagements envers les provinces. Le chef de l’État, qui doit fixer les nouvelles dates, se retrouve ainsi dans une position délicate. Accorder plus de temps pourrait être interprété comme une faiblesse, tandis qu’imposer une tenue rapide risquerait d’exposer les participants à des conditions d’accès précaires.

La situation des aéroports n’est que la partie émergée de l’iceberg. Les travaux de voirie urbaine à Bandundu, bien qu’évoluant « normalement » selon le secrétaire permanent, ne suffiront pas à masquer le déficit infrastructurel global. Les préparatifs conférence provinciales révèlent ainsi les tensions persistantes entre les ambitions affichées de développement territorial et les lourdeurs administratives et techniques qui les entravent. La mobilisation des acteurs locaux, certes réelle, se heurte à des dysfonctionnements systémiques.

En définitive, la 13e Conférence des gouverneurs se transforme en test de stress pour la gouvernance congolaise. L’issue dépendra de la capacité à débloquer dans l’urgence les chantiers aéroportuaires. Mais cette course contre la montre ne doit pas occulter la nécessité d’une réflexion plus profonde sur la gestion des grands projets publics. Le Kwilu, en attendant, retient son souffle. Les prochains jours, avec l’annonce des dates par la présidence, diront si les promesses de mobilité et de développement se concrétiseront ou si elles resteront lettre morte, une fois de plus, sur le tarmac inachevé de Bandundu.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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