26.2 C
Kinshasa
jeudi, janvier 22, 2026

Toute l'Actualité RDC, en Direct et en Détail

AccueilActualitéPolitiqueRDC : La répression politique s'intensifie avec les arrestations de Shadary et...

RDC : La répression politique s’intensifie avec les arrestations de Shadary et Minaku

La République Démocratique du Congo traverse un nouvel épisode de crispation politique, où la stratégie du pouvoir face aux voix dissonantes semble prendre un tour résolument coercitif. La récente série d’arrestations visant l’opposition en RDC, dont celles de poids lourds comme l’ancien candidat présidentiel Emmanuel Ramazani Shadary et l’ancien président de l’Assemblée nationale Aubin Minaku, dépasse le simple fait divers judiciaire. Elle s’inscrit dans une logique plus large de contrôle de l’espace public, interrogeant profondément sur l’état de la démocratie congolaise à l’aube d’échéances cruciales. Le pouvoir joue-t-il un jeu dangereux en durcissant ainsi le ton, au risque de fragiliser sa propre crédibilité et de mettre en péril les fragiles équilibres nationaux ?

L’arrestation d’Emmanuel Ramazani Shadary en décembre dernier a fait l’effet d’un séisme. Figure historique du PPRD, ancien pilier du régime Kabila et candidat à la présidentielle, son interpellation envoie un signal sans ambiguïté : aucune stature n’est à l’abri. Elle est rapidement suivie par celle d’Aubin Minaku, autre cadre influent, créant un sentiment d’inquiétude palpable dans les rangs de l’opposition institutionnelle. Ces actions, couplées aux perquisitions menées au siège de la coalition CFC, ne sont pas isolées. Plus bas dans la pyramide, des membres moins médiatisés de partis d’opposition sont régulièrement appréhendés par les services de renseignement, souvent sous des motifs flous comme « l’atteinte à la sûreté de l’État » ou la « collaboration avec des groupes armés ». Une rhétorique sécuritaire qui, selon les observateurs, sert fréquemment de paravent à une répression politique au Congo ciblée.

Le cas de Seth Kikuni, condamné à une peine de prison pour son activisme à Lubumbashi, vient conforter cette analyse d’un durcissement. Ces manœuvres judiciaires sont systématiquement dénoncées par les organisations de défense des droits humains comme des instruments d’intimidation. Elles participent d’une stratégie visant à rétrécir méthodiquement l’espace démocratique, en criminalisant la contestation et en instillant un climat de peur parmi les critiques. Dans ce contexte, la justice est perçue non plus comme un arbitre impartial, mais comme une arme au service d’une logique de conservation du pouvoir. Quelle crédibilité peut encore avoir un processus électoral lorsque ses principaux challengers potentiels sont neutralisés par des poursuites judiciaires ?

Cette vague d’arrestations dans l’opposition RDC prend un relief particulier alors que le pays est englué dans une crise sécuritaire majeure et que l’appel à un dialogue national inclusif en RDC semble tourner en rond. Pourtant présenté comme une priorité pour apaiser les tensions et trouver des solutions consensuelles aux multiples défis, ce dialogue est constamment reporté. Les autorités invoquent des problèmes d’agenda, une explication qui sonne de plus en plus creuse au regard de l’urgence exprimée par la société civile et les partenaires internationaux. La France, notamment, a récemment rappelé l’impérieuse nécessité de ces assises pour préserver l’unité nationale. Ce décalage entre les discours de conciliation et les actes répressifs nourrit le cynisme et l’amertume.

Le pouvoir congolais se trouve ainsi à un carrefour stratégique. D’un côté, il affiche une volonté de stabilité et de dialogue ; de l’autre, il déploie une panoplie répressive qui sape toute confiance. En choisissant la manière forte face à ses opposants, il prend le risque de se couper d’une partie de la population et de durcir encore les lignes de fracture politique. Les prochains mois seront décisifs : soit le gouvernement parvient à concrétiser rapidement un dialogue crédible et inclusif, redonnant ainsi un souffle à la démocratie congolaise, soit la spirale de la répression et de la défiance s’accélérera, hypothéquant gravement la paix sociale et la légitimité des futures échéances électorales. L’histoire jugera si la fermeté affichée aujourd’hui était un calcul politique avisé ou une lourde erreur d’appréciation aux conséquences durables.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

Commenter
Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 22 Janvier 2026

Édition du 22 janvier 2026 : inondations à Kinshasa, attaque meurtrière des ADF au Nord-Kivu, 2 millions d’euros d’aide humanitaire de l’UE au Sud-Kivu, arrestations d’opposants politiques de premier plan et grève suspendue aux Affaires étrangères. Le secteur cacao subit des arrestations arbitraires, tandis que Yoane Wissa brille en Ligue des champions.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques