Dans une déclaration qui fera date, le Forum Citoyen RDC dresse un réquisitoire accablant contre ce qu’il qualifie de « dérive autoritaire » du pouvoir en place. L’organisation de la société civile pointe du doigt une série d’atteintes systématiques aux libertés fondamentales, visant explicitement les voix dissonantes du paysage politique et médiatique congolais. Cette charge intervient dans un contexte de crispation politique aiguë, où la gestion de l’espace civique devient un baromètre de la santé démocratique de la nation.
Selon les éléments avancés par le Forum, les méthodes employées relèveraient d’un arsenal répressif bien rodé : arrestations d’opposants à Kinshasa, enlèvements présumés et harcèlement judiciaire ciblé. Les cas évoqués, dont ceux du journaliste Stéphane Shisso Katanga ou des figures politiques Emmanuel Ramazani Shadary et Aubin Minaku, ne seraient pas isolés mais s’inscriraient dans une logique de persécution politique. L’acharnement contre Florimond Muteba de l’ODEP ou l’interpellation de Valéry Madianga à l’aéroport de Ndjili dessineraient les contours d’une stratégie visant à intimider les garde-fous institutionnels et les experts indépendants.
Au-delà des individus, c’est le droit à la contestation collective qui serait étouffé. Le Forum revient sur l’étouffement de la marche de l’Alliance pour le changement de Jean-Marc Kabund en décembre 2025, ainsi que sur l’interdiction de la conférence de Martin Fayulu. Ces actes, perçus comme une violation flagrante des articles constitutionnels garantissant la liberté d’expression et de réunion, posent une question fondamentale : le régime du président Félix Tshisekedi peut-il prétendre à une légitimité démocratique tout en verrouillant méthodiquement l’arène publique ? La réponse du Forum est sans appel : ces pratiques constituent une menace grave pour l’État de droit et trahissent les promesses de la Conférence nationale souveraine de 1990.
L’analyse politique sous-jacente est sévère. Le pouvoir jouerait un jeu dangereux en assimilant toute critique à une forme de subversion, particulièrement dans un pays en proie à une crise sécuritaire majeure à l’Est. En cherchant à imposer une forme de pensée unique, le régime risquerait de saper les fondements mêmes de la cohésion nationale nécessaire pour faire face à l’agression rwandaise. Le Forum estime que cette gouvernance autoritaire, loin de renforcer l’autorité de l’État, en dilue la crédibilité et affaiblit la mobilisation patriotique.
L’appel solennel lancé au chef de l’État résonne comme un ultime avertissement. Le Forum exige la cessation immédiate des pratiques anticonstitutionnelles, la libération des prisonniers d’opinion et l’ouverture réelle de l’espace civique. Cet appel s’adresse également aux acteurs politiques et de la société civile, les exhortant à résister à la résignation. La balle est désormais dans le camp du pouvoir : poursuivre sur cette voie reviendrait à assumer pleinement le choix d’un virage répressif, avec les conséquences diplomatiques que cela implique.
La communauté internationale est, elle aussi, interpellée. Le Forum lui rappelle que la présence de la RDC au Conseil des droits de l’homme de l’ONu n’est pas une coquille vide mais engage un devoir d’exemplarité. Fermer les yeux sur ces violations des droits humains en RDC équivaudrait à une complicité par l’inaction. Les prochains jours seront déterminants. Le régime parviendra-t-il à une décrispation salutaire, ou persistera-t-il dans une logique d’affrontement qui ne ferait qu’alimenter le cycle de la crise ? La réponse à cette question dessinera l’avenir politique du Congo pour les années à venir.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
