« C’est une révolution silencieuse qui est en marche pour notre communauté. » La voix de Camille Kitesua Masikini, président de la Ligue provinciale des personnes handicapées de Kinshasa (LIPROPHA), porte à la fois la fierté d’un combat qui porte ses fruits et l’amertume face à de nouveaux obstacles. Dans un entretien accordé à Radio Okapi, ce mardi 20 janvier, il dresse un bilan en demi-teinte des droits des personnes vivant avec un handicap en République Démocratique du Congo. Si des progrès législatifs et administratifs concrets sont enfin visibles, l’ombre de manœuvres politiques destructrices plane sur ces avancées fragiles.
Au cœur de ces progrès salués par la LIPROPHA se trouve un texte longtemps attendu : la loi organique fixant les modalités d’application des avantages accordés aux personnes vivant avec handicap. Sa promulgation n’est pas un simple acte juridique de plus. Pour des milliers de Congolais, elle représente la matérialisation d’une promesse d’inclusion et de dignité. « Cette loi n’est pas un bout de papier, c’est une clé », explique Camille Kitesua Masikini. Une clé pour ouvrir les portes de l’emploi, de l’accessibilité, et d’une reconnaissance pleine et entière dans la cité. Comment une société peut-elle se prétendre juste si elle laisse une partie de ses membres en marge du chemin du développement ?
L’effet de cette loi organique est déjà tangible au niveau administratif. La mise en place du secrétariat général dédié au sein du ministère concerné a permis une avancée majeure : l’engagement de plus de 2 000 personnes vivant avec un handicap dans la fonction publique et d’autres secteurs. Derrière ce chiffre, il y a des visages, des familles, des destins qui retrouvent un horizon. C’est la concrétisation d’une politique d’avantages pour les personnes handicapées qui passe du discours à l’action. Ces embauches envoient un signal fort : les compétences ne se mesurent pas à la mobilité physique ou aux capacités sensorielles, mais à la détermination et au talent.
Pourtant, dans ce paysage d’espoir, Camille Kitesua Masikini lance un cri d’alarme qui résonne comme un coup de semonce. Il met explicitement en garde « certains acteurs politiques » qu’il accuse de chercher à « saper les actions menées en faveur des personnes vivant avec handicap en RDC ». Sans les nommer, sa mise en garde dépeint une réalité politique congolaise où les luttes d’influence et les intérêts particuliers menacent les acquis les plus vulnérables. Qui sont ces acteurs ? Pourquoi voudraient-ils freiner une dynamique d’inclusion qui bénéficie à toute la nation ? Ces questions rhétoriques soulignent l’opacité des résistances qui se dressent face à un mouvement pourtant juste et nécessaire.
L’avertissement du président de la LIPROPHA n’est pas anodin. Il révèle la fragilité des avancées sociales dans un contexte où chaque pas en avant peut être contesté. Les personnes handicapées en RDC, souvent victimes d’une double exclusion – sociale et économique – voient ainsi leur chemin vers l’autonomie jonché d’embûches qui ne sont plus seulement physiques ou infrastructurelles, mais aussi politiques. Le combat pour les droits fondamentaux se heurte à des logiques de pouvoir qui semblent mépriser la volonté d’égalité.
Le leadership de figures comme Camille Kitesua Masikini est donc crucial. Il incarne cette vigilance constante nécessaire pour protéger les droits nouvellement acquis. Son plaidoyer ne se contente pas de célébrer des victoires ; il sonne l’alerte pour les défendre. La société civile et les médias ont un rôle majeur à jouer pour mettre en lumière ces tentatives de sabotage et maintenir la pression sur les autorités afin que la loi organique handicap ne reste pas lettre morte. L’inclusion n’est pas une faveur, c’est un droit. Et comme tout droit, elle doit être défendue avec vigueur contre ceux qui voudraient l’éroder.
Finalement, la situation des personnes handicapées en RDC est un miroir grossissant des défis plus larges de la gouvernance et de la justice sociale. Les avancées saluées par la LIPROPHA montrent qu’un changement est possible lorsqu’une volonté politique se combine à un militantisme tenace. Mais les mises en garde de son président rappellent que ce chemin est semé d’intérêts contraires. La véritable mesure du progrès ne sera pas seulement le nombre d’embauches ou de textes de loi, mais la capacité de la société toute entière à rejeter toute tentative de marginalisation et à construire, pas à pas, une République vraiment démocratique et inclusive pour tous ses citoyens, sans exception.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
