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Procès Lumumba : Étienne Davignon face à la justice belge pour crimes coloniaux

Le dossier judiciaire entourant l’assassinat de Patrice Lumumba, première figure historique de la République démocratique du Congo indépendante, connaît une avancée déterminante. Ce mardi, le palais de justice de Bruxelles a été le théâtre d’une audience en chambre du conseil, marquant le début des débats préliminaires suite au réquisitoire du parquet fédéral belge. Ce dernier a requis, le 17 juin dernier après une décennie d’investigations, le renvoi d’Étienne Davignon, 93 ans, devant le tribunal correctionnel. L’ancien haut fonctionnaire et commissaire européen est absent des débats, mais son shadow plane sur cette procédure historique.

Les faits reprochés à Étienne Davignon sont lourds de symbole et de conséquence. Le magistrat instructeur l’a mis en examen pour « détention et transfert illicites », « privation du droit à un procès équitable » et « traitements inhumains et dégradants » à l’encontre de Patrice Lumumba. L’intention de donner la mort, en revanche, n’a pas été retenue dans le cadre de cette instruction. Cette nuance juridique n’occulte pas la gravité des accusations qui visent le dernier Belge encore en vie parmi les dix personnalités initialement ciblées par la plainte déposée en 2011 par la famille Lumumba pour crimes de guerre et torture.

Dans le box des parties civiles, six petits-enfants de l’ancien chef du gouvernement ont assisté à l’audience, incarnant la quête de vérité et de justice portée par une famille et, au-delà, par une nation. Leur présence silencieuse rappelait le poids d’une histoire coloniale tumultueuse. Comment une affaire considérée comme close pendant des décennies a-t-elle pu rouvrir ses portes ? Les travaux minutieux de l’historien Ludo De Witte, documentant l’implication d’acteurs belges civils et militaires dans le suivi de l’exécution, ont joué un rôle fondamental dans cette relance judiciaire.

Au cœur des débats se trouve la position qu’occupait le jeune Étienne Davignon au début des années 1960. Alors simple diplomate stagiaire en poste à Kinshasa puis à Brazzaville, il évoluait au sein des circuits décisionnels belges. Selon les conclusions du parquet, cette situation lui aurait permis d’être informé du projet d’arrestation de Patrice Lumumba et des conditions de son transfert fatal vers le Katanga. C’est dans cette province, en janvier 1961, que le père de l’indépendance congolaise a été exécuté avec deux de ses compagnons, Maurice M’Polo et Joseph Okito, dans un contexte géopolitique explosif marqué par la guerre froide et les sécessions.

« C’est un pas important vers la réparation d’un crime colonial », a déclaré Me Christophe Marchand, l’avocat de la famille Lumumba, à l’issue de l’audience qu’il a qualifiée d’« étape cruciale ». Cette formulation résume l’enjeu qui dépasse la simple procédure pénale : il s’agit d’une confrontation judiciaire avec l’héritage d’une époque et les responsabilités individuelles au sein d’un système. Le procès Lumumba Davignon pourrait ainsi constituer un précédent dans la manière dont la justice européenne aborde les crimes de la période coloniale.

Face à ces accusations, la défense d’Étienne Davignon, figure centrale de l’establishment belge et ancien mentor du roi Baudouin, devra articuler ses arguments. L’audience de ce mardi, essentiellement technique, a permis aux conseils des deux parties d’exposer leurs positions préalables. La chambre du conseil doit désormais se prononcer sur la validation du renvoi devant le tribunal correctionnel. L’affaire a été mise en délibéré et, selon des sources judiciaires, aucune décision n’est attendue avant plusieurs semaines.

Cette attente judiciaire est lourde de sens pour la République démocratique du Congo. L’affaire Lumumba justice coloniale n’est pas seulement un procès qui se déroule à plus de six mille kilomètres de Kinshasa. Elle interroge la mémoire collective, les récits nationaux et la possibilité d’une justice transitionnelle appliquée à des événements vieux de plus de soixante ans. La plainte de la famille Lumumba plainte a réussi à briser un mur de silence institutionnel, poussant la justice belge à réexaminer un chapitre sombre de ses relations avec son ancienne colonie.

Les prochaines semaines seront donc décisives. Si la chambre du conseil valide le renvoi, le procès Lumumba Davignon s’ouvrira devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, offrant une tribune unique pour établir les faits. Dans le cas contraire, la procédure pourrait s’arrêter net. Quel que soit le verdict, cette audience préliminaire marque déjà une date dans la longue et douloureuse quête de vérité sur l’assassinat Patrice Lumumba Belgique. Elle démontre que les exigences de justice, même tardives, peuvent ressurgir pour questionner les puissants et réécrire les pages officielles de l’Histoire.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd

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