Un premier bilan, jugé positif par Paris, a été dressé lors d’une réunion de haut niveau à Lomé ce samedi 17 janvier 2026. Cette rencontre, convoquée par le médiateur de l’Union africaine, le président togolais Faure Gnassingbé, visait à renforcer la cohérence du processus de paix Grands Lacs. Elle a rassemblé un panel de facilitateurs incluant d’anciens chefs d’État et des représentants des communautés régionales, sous le regard attentif de partenaires internationaux comme la France. L’objectif était clair : faire le point sur la mise en œuvre des engagements pris quelques mois plus tôt et éviter que les efforts ne s’essoufflent.
Le principal point de satisfaction émis par la délégation française concerne le respect des engagements financiers. Lors de la conférence de Paris 2025 RDC, co-présidée avec le Togo, la communauté internationale s’était engagée à mobiliser 1,5 milliard d’euros. Selon le Quai d’Orsay, l’intégralité des financements humanitaires RDC d’urgence, soit 850 millions d’euros, a déjà été décaissée. « La France salue l’implication des États participants et encourage ceux qui n’auraient pas encore procédé au décaissement à le faire dans les prochaines semaines », a déclaré le ministère dirigé par Jean-Noël Barrot. Ces fonds sont destinés à répondre aux besoins les plus criants identifiés par les acteurs sur le terrain, notamment la protection des civils dans les zones en proie aux violences.
Cet afflux de capitaux est-il suffisant pour apaiser une crise humanitaire d’une telle ampleur ? Si les décaissements progressent, l’accès aux populations demeure un défi colossal. C’est pourquoi la France a réitéré avec force, lors des discussions à Lomé, l’urgence de lever toutes les entraves à l’action humanitaire. Un point cristallise particulièrement les tensions : la aéroport de Goma réouverture pour les vols humanitaires. Paris a rappelé aux parties leur engagement pris à cet effet et s’est dit prête à contribuer à l’effort logistique nécessaire, en lien avec les Nations unies. La réouverture de cette plateforme aérienne est vue comme un signal politique fort et une condition pratique essentielle pour acheminer l’aide de manière massive et sécurisée.
Cette proposition se heurte cependant à un mur d’opposition frontale. Le mouvement rebelle, l’AFC-M23, a immédiatement rejeté toute idée que Kinshasa puisse piloter cette initiative. Dans un communiqué véhément, le groupe, soutenu par le Rwanda, affirme contrôler le territoire où se situe l’aéroport et considère que le gouvernement central n’a « ni la légitimité ni le droit » d’intervenir. « L’aéroport pourra et sera rouvert uniquement par l’AFC/M23, et non par M. Tshisekedi Tshilombo ni par quiconque d’autre », a-t-il martelé. Cette M23 AFC position ferme illustre la profonde méfiance qui règne et transforme un enjeu logistique en un point de friction politique majeur, capable de bloquer l’ensemble de la dynamique.
Cette crispation autour de Goma n’est que le symptôme d’un conflit plus large. En se désolidarisant publiquement du contentieux entre Kinshasa et Kigali, le M23 tente de circonscrire le dialogue à des questions locales, tandis que les facilitateurs internationaux insistent sur une approche régionale globale. La réunion de Lomé avait précisément pour but d’éviter ce genre d’impasse en maintenant la pression diplomatique sur tous les acteurs. Les annonces de financements et les appels à la réouverture de l’aéroport sont des leviers concrets, mais leur efficacité dépend entièrement de la volonté politique des belligérants sur le terrain.
Alors, la communauté internationale assiste-t-elle à un début de concrétisation de ses promesses ou à un nouvel enlisement ? Les 850 millions d’euros déjà débloqués représentent une bouffée d’oxygène réelle pour les organisations humanitaires. Néanmoins, sans un accès garanti et sécurisé aux populations, l’impact de ces fonds restera limité. L’initiative de réouverture de l’aéroport de Goma, bien que cruciale, est devenue un test de la crédibilité du processus de paix Grands Lacs. Si les parties persistent dans leur confrontation sur ce point symbolique, c’est tout l’édifice de la conférence de Paris qui risque de vaciller. La suite des événements dans les prochaines semaines, notamment la pression exercée sur les pays retardataires dans leurs décaissements et les négociations secrètes sur Goma, dira si la dynamique de paix peut survivre aux logiques de guerre.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
