Dans un geste concret visant à désamorcer les tensions récurrentes le long de leur frontière commune, les autorités de la République démocratique du Congo et du Soudan du Sud ont procédé, mercredi 14 janvier, à un échange mutuel de détenus. Cet acte, présenté comme un « geste fort en faveur de la paix », est intervenu à l’issue d’une réunion bilatérale stratégique tenue à Aru, dans la province de l’Ituri. Cette rencontre s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement de la coopération sécuritaire entre Kinshasa et Juba, face à une situation frontalière complexe, marquée par des incidents répétés et un afflux massif de réfugiés.
La délégation congolaise, conduite par le commissaire supérieur principal Richard Mbambi Kingana Kitabakulu, administrateur policier du territoire d’Aru, et représentant le gouverneur militaire de l’Ituri, a insisté sur l’impératif d’un échange permanent d’informations. Cet appel fait écho à un incident récent qui a précipité la tenue de ces assises. Un militaire sud-soudanais ayant pénétré en RDC par la localité d’Aguruba aurait été suivi par des collègues venus à sa recherche. Ces derniers auraient alors pris en otage un militaire de la Garde républicaine congolaise et un policier, en plus d’un chef de village préalablement capturé et libéré après médiation. En réponse, les autorités congolaises avaient arrêté deux Sud-Soudanais, dont un militaire. La rencontre d’Aru a permis la restitution de tous les individus détenus de part et d’autre, jetant les bases d’un dialogue destiné à prévenir la répétition de tels épisodes.
Pour la partie sud-soudanaise, menée par Charles Dhata, commissaire du district de Morobo, cette initiative vise avant tout à renforcer la coexistence pacifique entre les deux nations voisines. « Nous devons résoudre nos différends, nous devons faire l’effort de ne plus revenir dans les situations qui se sont déjà déroulées », a-t-il déclaré, soulignant la volonté de tourner la page sur ces tensions frontalières. La rencontre bilatérale a ainsi permis d’aborder des questions épineuses, dont les cas signalés de pillages de communautés locales congolaises par des éléments égarés des forces de sécurité sud-soudanaises, ou encore la présence d’individus se dissimulant parmi les réfugiés.
Car le contexte humanitaire pèse lourdement sur la sécurité de la région frontalière d’Aru, située à environ 230 km au nord de Bunia. Le territoire congolais accueille en effet des dizaines de milliers de réfugiés fuyant les atrocités de la guerre civile au Soudan du Sud. En août 2025, l’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) estimait leur nombre à plus de 33 000 dans cette zone. Un chiffre qui, selon des sources concordantes, aurait depuis augmenté, nécessitant des opérations de relocalisation majeures. En décembre de la même année, plus de 40 000 réfugiés sud-soudanais ont ainsi été transférés vers des sites mieux équipés, dotés d’eau potable, d’écoles et de structures sanitaires, grâce aux efforts conjoints de la Commission nationale pour les Réfugiés (CNR), de MSF et des autorités locales.
Cette pression démographique et humanitaire exacerbe les défis sécuritaires. La frontière, longue et poreuse, devient un espace de vulnérabilité où les incidents peuvent rapidement dégénérer. La décision des deux délégations de prévoir des rencontres trimestrielles régulières entre autorités territoriales répond à cette nécessité de vigilance constante. « Les recommandations que nous avons faites sont notamment que nous devons nous rencontrer de temps à temps, au moins par trimestre, pour qu’il y ait des échanges entre notamment des autorités du territoire », a précisé le Colonel Richard Mbambi Kingana Kitabakulu.
Cette coopération sécuritaire RDC – Soudan du Sud, bien que récente et encore fragile, représente une lueur d’espoir dans une région de l’Ituri déjà confrontée à de multiples conflits internes. L’échange de détenus à Aru constitue un premier pas tangible vers la construction d’une confiance opérationnelle. Reste à savoir si ce dialogue naissant pourra endiguer durablement les sources de tension, dans un environnement où la frontière entre crise humanitaire et instabilité sécuritaire est souvent ténue. La capacité des deux États à mettre en œuvre leurs engagements, notamment en matière de partage d’informations et de coordination des patrouilles, sera scrutée de près par les populations locales, premières victimes de ces insécurités transfrontalières.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
