La province du Nord-Kivu plonge une nouvelle fois dans la tourmente. Selon le dernier rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA/RDC), publié ce samedi 17 janvier 2026, le mois de décembre 2025 a été marqué par une recrudescence des affrontements Nord-Kivu, particulièrement dans le territoire de Rutshuru. Ces violences répétées entraînent des déplacements de population Rutshuru massifs, aggravant une crise humanitaire RDC déjà alarmante.
Entre le 2 et le 6 décembre, les villages des groupements de Bukombo et Kihondo ont été le théâtre de combats sanglants. Le bilan est lourd : au moins six civils tués et neuf autres blessés. La violence n’a pas connu de répit. Les 16 et 17 décembre, de nouveaux incidents ont éclaté à Muko, Karambi et Mashango. Une personne a perdu la vie, plusieurs ont été blessées et des dizaines d’habitations réduites en cendres. L’atteinte aux infrastructures civiles est criante, avec le pillage du centre de santé de Ngohola le 16 décembre. Cet acte prive désormais plus de 8 000 habitants d’un accès vital aux soins.
Le rapport OCHA décembre 2025 dresse un constat sans appel sur l’accès humanitaire. Il est « fortement restreint » sur des axes majeurs comme Katsiru–Mushababwe ou Kikuku–Kashalira–Kibirizi en raison de l’insécurité omniprésente. Une flambée de violences à Kyahala, le 11 décembre, a même contraint une organisation à suspendre ses activités en eau, hygiène et assainissement. Près de 600 ménages déplacés en subissent directement les conséquences. Comment assurer une aide minimale lorsque les humanitaires sont eux-mêmes pris pour cible ou contraints à l’immobilisme ?
La cité de Kiwanja devient un épicentre de la détresse. Elle a accueilli au moins 247 nouveaux ménages fuyant les combats de Kashalira, Katsiru et Ihula. Un chiffre qui s’ajoute à un afflux déjà catastrophique. « Au total, 1 327 ménages (soit 7 962 personnes) ont trouvé refuge à Kiwanja entre juillet et début décembre 2025 », précise le rapport. Ces familles survivent dans une extrême vulnérabilité, dans une zone où les capacités d’aide sont dépassées. La situation illustre l’ampleur du conflit armé Nord-Kivu et son coût humain insoutenable.
La crise ne se limite pas à Rutshuru. Le territoire voisin de Masisi a également connu une situation « volatile » en décembre. Des combats à Kinyumba, des bombardements à Masisi-centre et Bukombo entre le 2 et le 7 décembre ont provoqué des mouvements de panique et des déplacements secondaires. La nuit du 23 au 24 décembre, de nouveaux affrontements à Mupaka et Kinyumba ont déclenché des déplacements massifs. Dans la zone de santé de Katoyi, des milliers de personnes ont fui les violences de Kahunda et Mitimingi le 13 décembre, se réfugiant à Nyalipe, Mobeko ou vers le territoire de Walikale. Rien que depuis mi-novembre, plus de 24 300 personnes déplacées sont arrivées dans le secteur de Katoyi. Une incursion armée à Birihi (ZS de Mweso) le 9 décembre a, elle, coûté la vie à au moins quatre personnes.
Le territoire de Lubero, bien que relativement plus calme, n’a pas été épargné. Des affrontements brefs mais violents ont éclaté à Liboyo les 4 et 27 décembre, poussant des populations vers Pawanza et Kambau. Ces incidents ponctuels rappellent la fragilité de toute la région et la possibilité d’une extension des violences à tout moment.
Ce tableau sombre de décembre 2025 s’inscrit dans une année 2025 catastrophique. L’escalade du conflit, avec l’intensification des attaques de la rébellion AFC/M23 – soutenue selon Kinshasa et plusieurs rapports d’experts par le Rwanda –, a jeté sur les routes des centaines de milliers de personnes. Les routes sont coupées, l’insécurité est totale, et l’accès pour les secours devient un parcours du combattant. Les humanitaires tentent pourtant de poursuivre leurs opérations vitales, en négociant couloir par couloir, pour fournir soins, nourriture et abris.
L’ONU appelle de manière pressante à un accès humanitaire « rapide, sans entrave et sécurisé ». Un appel qui semble se heurter à la réalité complexe du terrain. Malgré les annonces de médiations, comme le processus de Washington ou l’implication du Qatar, la situation sur le terrain peine à montrer des signes d’apaisement durables. Les populations, prises en étau dans ce conflit armé Nord-Kivu, attendent des actes concrets. La mise en œuvre des engagements pris dans les différents accords de paix reste la clé. Après près de trois décennies de cycles de violence, le silence des armes et une paix durable sont-ils encore possibles ? La réponse se joue aujourd’hui dans les collines du Nord-Kivu, où chaque jour de combat aggrave un peu plus la pire crise humanitaire RDC de ces dernières années.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
