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Samuel Mbemba mise sur les pasteurs pour la paix à l’Est : stratégie divine ou aveu d’impuissance ?

Dans un contexte de tensions persistantes à l’Est de la République Démocratique du Congo, le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba, a opté pour une stratégie pour le moins singulière. Ce dimanche 18 janvier, c’est auprès de la corporation des pasteurs de la ville-province de Kinshasa qu’il est allé chercher un soutien, transformant un moment de fraternité en tribune politique. Cette mobilisation des pasteurs de Kinshasa, présentée comme un alignement derrière la vision du Chef de l’État, soulève d’emblée une question fondamentale : le pouvoir politique cherche-t-il désormais son salut dans les prières plutôt que dans les plans de sécurisation ?

L’allocution de Samuel Mbemba a rapidement dépassé le cadre de la simple convivialité pour se muer en un réquisitoire cinglant contre Kigali. Le ministre a fustigé « la malice » du Rwanda, accusant le pays voisin de mener, via le groupe M23, une campagne de terreur visant à exterminer les populations locales pour y installer ses propres ressortissants. « L’objectif est clair : qu’après des années, ils réclament ces terres alors qu’elles ne leur appartiennent pas », a-t-il martelé, dessinant les contours d’un conflit Rwanda-RDC qui dépasse la simple rébellion pour toucher à un projet d’annexion territoriale déguisée. Ce discours, d’une rare virulence dans un cadre religieux, marque une étape dans la diabolisation de l’adversaire et place la paix dans l’Est de la RDC sous le signe d’une lutte existentielle.

Mais derrière cette rhétorique de combat, quelle est la véritable portée de l’initiative du ministre des Droits humains RDC ? En convoquant les « princes de l’Église », Samuel Mbemba joue un double jeu. D’une part, il tente de consolider un front intérieur autour du président, enrôlant l’autorité morale des guides spirituels dans un effort de légitimation nationale. D’autre part, cette démarche peut être interprétée comme l’aveu implicite des limites de la diplomatie conventionnelle et de l’action militaire sur le terrain. Quand l’État mobilise le clergé pour soutenir sa politique sécuritaire, n’est-ce pas le signe que les leviers traditionnels du pouvoir montrent leurs faiblesses ? La réponse des serviteurs de Dieu, sous forme de prières et d’intercessions ferventes pour le pays et son président, offre au régime une caution spirituelle bienvenue, mais dont l’impact sur la réalité géopolitique complexe du Kivu reste à démontrer.

La stratégie de Samuel Mbemba n’est pas sans risque. En instrumentalisant, même avec les meilleures intentions affichées, la plateforme religieuse, le gouvernement s’expose à des critiques sur la confusion des genres. Par ailleurs, cette intense mobilisation des pasteurs centrée sur Kinshasa laisse en suspens la question de l’engagement des communautés religieuses directement affectées dans l’Est. Le vrai défi pour la paix en RDC réside peut-être moins dans les prières à la capitale que dans la capacité à désamorcer sur le terrain les logiques de violence et à engager un dialogue inclusif. Le ministre a habilement présenté le conflit avec le Rwanda comme une menace civilisationnelle, un récit puissant pour souder la nation, mais qui pourrait aussi enraidir les positions et fermer les portes à des solutions négociées.

En définitive, la rencontre de ce dimanche révèle moins une avancée concrète vers la pacification qu’un repositionnement de la communication étatique. Samuel Mbemba, en pasteur de la cause gouvernementale, a su trouver une chambre d’écho influente. Cependant, le chemin vers la paix dans l’Est de la RDC sera jonché d’exigences bien plus terrestres : réforme de l’armée, justice pour les victimes, et une pression internationale réellement dissuasive contre les ingérences. La foi peut mouvoir des montagnes, dit l’adage, mais parviendra-t-elle à déloger les forces occupantes et à apaiser un conflit qui mine la région depuis des décennies ? L’histoire, et non la prière, apportera la réponse.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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