Le dernier rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA/RDC) pour le mois de décembre 2025 dresse un tableau contrasté de la situation humanitaire Nord-Kivu. Si le territoire de Beni a connu une accalmie relative sur le plan des affrontements entre groupes armés, la criminalité urbaine y a pris le relais de la violence, créant un climat d’insécurité persistant pour les civils. Ce calme précaire ne saurait masquer l’urgence qui se déplace et se transforme ailleurs dans la province.
Dans la ville de Beni même, les habitants font face à une recrudescence inquiétante des cambriolages de domiciles. Cette criminalité de droit commun, dans un contexte post-conflit, ajoute une couche de vulnérabilité à des populations déjà éprouvées. Parallèlement, dans la zone de santé de Mutwanga, l’ONG SYOPADI a tiré la sonnette d’alarme sur un danger sournois et permanent : la persistance de mines et de munitions non explosées. Ces vestiges mortels des conflits armés RDC constituent un facteur de risque majeur pour la protection des civils, d’autant plus que les ressources allouées au déminage restent dramatiquement insuffisantes.
À plusieurs centaines de kilomètres, dans le territoire de Walikale, la situation est autrement plus tendue. La zone de santé de Pinga reste le théâtre d’affrontements récurrents entre groupes armés. Les combats qui ont éclaté le 6 décembre à Chanjikiro ont provoqué des déplacements population Beni et des alentours, d’une ampleur encore à confirmer. Quelques jours plus tard, le 12 décembre, c’est l’évacuation forcée du village de Kateku qui a été ordonnée par des éléments armés, invoquant des « opérations militaires » imminentes. Plus de 6 300 personnes ont ainsi été contraintes de tout abandonner pour se réfugier vers Kimaka, Miriki, ou encore Kayna.
Cette région est doublement piégée. L’isolement géographique, couplé à l’insécurité, rend l’accès extrêmement difficile pour les acteurs humanitaires. Conséquence directe de cet enclavement : une rupture généralisée des stocks de médicaments et d’intrants nutritionnels. L’Hôpital général de référence de Pinga et plusieurs centres de santé alentour sont à sec. Cette pénurie critique affecte directement près de 200 000 habitants des groupements de Kishali, Ihana et Kisimba. Le départ de l’organisation MEDAIR en avril 2025 a laissé un vide criant, que l’isolement actuel empêche de combler, mettant en péril la vie de milliers de personnes.
Cette crise humanitaire Nord-Kivu locale s’inscrit dans un contexte provincial d’une gravité exceptionnelle. Depuis le début de l’année 2025, l’escalade du conflit avec la rébellion AFC/M23, appuyée par le Rwanda, a provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes à travers le Nord et le Sud-Kivu. Les violences ont fait des centaines de morts et des milliers de blessés. Les routes coupées et l’omniprésence de la menace armée transforment chaque mission d’aide en parcours du combattant, limitant sévèrement l’accès aux populations dans le besoin.
Malgré ces obstacles souvent insurmontables, les humanitaires persistent. Ils négocient couloir par couloir, jour après jour, pour acheminer des soins médicaux d’urgence, une aide alimentaire vitale et un soutien psychosocial. Le message de l’ONU, relayé par ce rapport OCHA RDC, est clair et pressant : il est impératif de garantir un accès humanitaire rapide, sans entrave et sécurisé. La levée de tous les obstacles, qu’ils soient administratifs, logistiques ou sécuritaires, n’est pas une option mais une condition sine qua non pour éviter une catastrophe plus grande encore.
Alors que des initiatives de médiation internationale, comme le processus de Washington ou l’implication du Qatar, tentent de trouver une issue politique à la crise, la réalité sur le terrain, elle, ne connaît pas de trêve. Les déclarations d’intention et les signatures au bas des pages peinent à se traduire par un apaisement tangible pour les populations du Kivu. Comment espérer une stabilisation lorsque les centres de santé sont vides et que les civils fuient sous la menace des armes ? La réponse humanitaire immédiate reste un impératif absolu, même – et surtout – lorsque les projecteurs diplomatiques s’éloignent. La communauté internationale parviendra-t-elle à concilier les pourparlers politiques loin du front avec l’exigence de secours urgents sur le terrain ? Pour des centaines de milliers de Congolais déplacés, cette question n’est pas théorique. Elle est une question de survie au cœur d’une des crises humanitaires les plus complexes au monde.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
