« Aujourd’hui, à travers cette mini‑foire commerciale, nous voulons montrer que le commerce peut être un espace de paix. » Ces mots d’Espérance Kazi, présidente de l’Association des Mamans Commerçantes du Congo à Beni, résonnent comme un acte de résistance. Dans une ville souvent associée aux conflits, l’esplanade de la mairie de Beni s’est transformée, les 16 et 17 janvier, en un vibrant espace de mémoire et de revendication. Ici, la foire commerciale Beni n’était pas qu’une simple exposition de produits. Elle était un hommage poignant aux héros nationaux Patrice Lumumba et Laurent-Désiré Kabila, et le cri du cœur des femmes commerçantes Nord-Kivu pour la sécurité et la reconnaissance.
Comment construire la paix dans une région meurtrie ? Pour ces mamans venues des marchés Kilokwa et Mayangose, la réponse passe par l’économie et la commémoration. L’Association Mamans Commerçantes Congo a sciemment choisi les dates anniversaires des assassinats de Lumumba (17 janvier 1961) et de Kabila (16 janvier 2001) pour organiser cette foire. Ce calendrier n’est pas un hasard. Il s’agit d’un acte symbolique fort, un hommage Lumumba Kabila Beni qui lie leur combat pour la libération du pays à la lutte actuelle des femmes pour la stabilité économique. « Nous honorons leur lutte et leurs efforts pour la pacification du pays », explique une participante, tout en arrangeant soigneusement ses légumes. Le stand devient alors un autel à la mémoire des pères de la nation, et chaque transaction, un petit acte de perpétuation de leur rêve.
Mais derrière cette célébration, le plaidoyer est ferme et urgent. La joie de vendre est tempérée par l’angoisse quotidienne. Les témoignages se succèdent, dessinant le portrait d’un commerce exercé sous la menace. « Nous venons ici pour montrer notre résilience, mais nous demandons à pouvoir travailler en sécurité, tous les jours, dans nos marchés », lance une commerçante du marché Mayangose. Leur demande est claire : une sécurisation marchés Beni effective et durable. Ce n’est pas qu’une question de police ou d’armée ; c’est une condition sine qua non pour l’autonomisation économique des femmes et, par extension, pour la stabilisation de toute la région. L’activité commerciale féminine est-elle enfin perçue comme un pilier essentiel de la paix sociale ?
Ce plaidoyer a trouvé un écho auprès de la coordination urbaine de la société civile de Beni, qui a réitéré et porté la voix de ces femmes auprès des autorités locales. Cette alliance entre actrices économiques et société civile donne un poids nouveau à leurs revendications. Il ne s’agit plus seulement de protéger des étals, mais de sauvegarder un maillon vital de l’économie locale et un facteur de cohésion sociale. Quand les mamans commerçantes prospèrent, c’est toute la famille, et potentiellement toute la communauté, qui en bénéficie. Leur sécurité économique est directement liée à la sécurité tout court. La foire devient ainsi une métaphore : un espace temporairement sécurisé et prospère, que ces femmes voudraient voir devenir la norme dans tous les marchés de la ville.
L’initiative de Beni ouvre une brèche intéressante dans le paysage des mobilisations sociales en RDC. Elle lie de manière inextricable le devoir de mémoire, l’entrepreneuriat féminin et la quête de sécurité. Elle démontre que les femmes commerçantes Nord-Kivu ne sont pas des victimes passives, mais des actrices stratégiques qui proposent, par leur travail, une réponse concrète à la violence. Leur hommage aux héros nationaux n’est pas tourné vers le passé ; il est une boussole pour l’avenir. En associant les noms de Lumumba et Kabila à leur combat pour la sécurisation marchés Beni, elles réclament leur part d’un héritage : celui d’un pays où l’on peut vivre et travailler en paix. La foire est terminée, mais le message, lui, reste en suspens, attendant une réponse concrète des autorités. La résilience a ses limites ; elle appelle maintenant à des actes forts pour la protéger et lui permettre de fleurir.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
