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Accords de Washington et diplomatie des Grands Lacs : le président Ndayishimiye interpelle Trump sur l’impasse sécuritaire à l’Est de la RDC

L’ambiance des vœux au corps diplomatique à Bujumbura a viré à la mise en garde solennelle. Le président burundais Évariste Ndayishimiye, dans l’exercice classique des bilans de début d’année, a transformé la tribune en un réquisitoire implacable contre l’inefficacité de la diplomatie internationale face à la tragédie qui ensanglante l’Est de la République démocratique du Congo. Son constat est sans appel : malgré une myriade d’initiatives, de résolutions onusiennes et d’accords, la situation demeure « plus préoccupante ». Cette déclaration, lourde de sous-entendus, sonne comme un aveu d’échec collectif et un réveil des consciences à l’orée de sa présidence tournante de l’Union africaine.

Le chef de l’État burundais, dont le pays subit directement les contrecoups du conflit Est RDC à travers un afflux massif de réfugiés, a dépeint une réalité brutale. « Conquête et occupation de territoires », « destruction des infrastructures », « massacre de citoyens innocents avec une violence d’un autre âge » : le lexique utilisé est celui de la guerre totale. Cette description crue sert de toile de fond à une critique acerbe des mécanismes de paix. Ndayishimiye place ainsi la barre très haut pour son futur mandat à la tête de l’organisation continentale, laissant entendre que les approches conventionnelles ont atteint leurs limites. La question qui plane est simple : quelle nouvelle grammaire diplomatique l’Afrique peut-elle inventer face à cette inertie meurtrière ?

Le cœur de son intervention, et sa manœuvre politique la plus significative, a été sa mise en cause directe des accords de Washington RDC. Avec une ironie mordante, il a relaté que « l’espoir n’a duré que quelques secondes » après la signature. En pointant du doigt l’absence de confiance entre les signataires, Kinshasa et Kigali, il a habilement déplacé le fardeau de la responsabilité sur les épaules du garant : les États-Unis. Son interpellation de l’administration Trump n’est pas anodine. Elle révèle une stratégie calculée : internationaliser l’échec pour forcer une réaction. En appelant Washington à « s’activer », Ndayishimiye joue un jeu dangereux de pression publique, sachant que le crédit diplomatique américain dans la région est désormais en jeu. N’est-ce pas là le signe d’une profonde défiance envers la capacité des acteurs régionaux à s’autoréguler ?

Cette sortie intervient dans un contexte de paralysie généralisée. Les pourparlers de Doha avec l’AFC M23 sont au point mort, et le dialogue national congolais, pièce maîtresse pour une paix endogène, tarde à se concrétiser. La rébellion, soutenue par le Rwanda selon les accusations répétées de Kinshasa et corroborées par des rapports d’experts onusiens, continue ses avancées, rendant tout accord sur le papier caduc. Le retour discret de l’Angola et l’initiative annoncée du Togo témoignent d’un ballet diplomatique africain cherchant désespérément une cohérence. Mais ces mouvements peinent à masquer l’essentiel : le processus de Washington, présenté comme la feuille de route principale, est dans l’impasse. Le président burundais, en s’adressant avant tout au corps diplomatique, a donc lancé un message codé à la communauté internationale : sa patience est épuisée et le statu quo est intenable.

L’implication de Ndayishimiye dépasse la simple solidarité régionale. En se posant en porte-parole franc d’une crise qui mine la stabilité des Grands Lacs, il consolide sa stature de leader continental et prépare le terrain pour sa présidence de l’UA. Sa critique vise moins les parties congolaises et rwandaises, enfermées dans un dialogue de sourds, que l’architecture même de la médiation internationale qu’il juge inadaptée. Le risque pour lui est de se heurter au mur des réalités géopolitiques, où les intérêts des grandes puissances et des voisins immédiats priment souvent sur les déclarations de principe. La réunion de haut niveau prévue au Togo sera le premier test concret de sa capacité à insuffler une dynamique nouvelle, ou au contraire, à constater l’enlisement d’une diplomatie en panne d’idées.

En définitive, le discours de Bujumbura est un signal politique majeur. Il acte l’échec des cadres existants et appelle à un sursaut dont les modalités restent floues. La balle est désormais dans le camp de l’administration Trump et des capitales africaines. Vont-ils relever le défi posé par le futur président de l’UA, ou assistera-t-on à une nouvelle valse-hésitation tandis que les combats font rage ? La crédibilité de la diplomatie des Grands Lacs tout entière se joue sur cette capacité à transformer une interpellation verbale en action coercitive et efficace. L’alternative, c’est la poursuite d’un conflit qui, comme le rappelle amèrement Ndayishimiye, fait payer « un lourd tribut » bien au-delà des frontières de la RDC.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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