«Nous nous sommes acquittés de la taxe péage durant trois ans sans voir une seule route réhabilitée. Tout reste dans le même état délabré.» La colère est palpable dans la voix de ce jeune organisateur de la marche interdite à Kongolo. Jeudi 15 janvier, l’espoir de faire entendre une revendication légitime s’est heurté au mur des forces de l’ordre. À Kongolo, dans la province du Tanganyika, la jeunesse voulait simplement dire non. Non à une réinstauration de la taxe péage qui semble ne servir qu’à remplir des caisses sans jamais améliorer le quotidien des habitants.
La scène est révélatrice d’un malaise plus profond. Après de longues minutes de négociations, les jeunes n’ont pas obtenu l’autorisation de descendre dans la rue. Ils ont dû se résigner à lire leur mémorandum sur place, devant l’administrateur du territoire assistant, dans une ambiance de frustration contenue. La manifestation Kongolo, pourtant pacifique, a été étouffée dans l’œuf. Que craignent donc les autorités ? La simple expression d’un mécontentement populaire face à une décision unilatérale ? La décision de réinstauration taxe péage Tanganyika, annoncée par le directeur provincial des péages le 7 janvier pour une application le 10, a fait l’effet d’une étincelle sur une poudrière de frustrations accumulées.
Le cœur du débat ne se situe pas dans un refus absolu de contribuer, mais dans une exigence élémentaire de réciprocité. « Qu’on réhabilite d’abord les routes, et nous accepterons ensuite de payer la taxe », martèlent les jeunes. Leurs arguments sont tangibles, visibles à l’œil nu par quiconque parcourt la cité. Les routes de Kongolo sont dans un état de délabrement avancé, défiant toute logique de développement. Pendant trois ans, la taxe péage Kongolo a été prélevée. Pendant trois ans, l’argent des contribuables est entré dans un trou noir administratif, sans aucune traçabilité ni résultat concret. La jeunesse Kongolo taxe, non pas l’idée de payer, mais l’injustice d’une contribution sans contrepartie. Ils soutenaient hier celui qui combattait cette taxe et qui est aujourd’hui le directeur provincial en charge de son recouvrement. Un paradoxe qui ajoute à l’amertume.
Le contexte politique aggrave la défiance. Cette taxe avait pourtant été suspendue par le gouverneur de la province. Sa réinstauration soudaine, sans consultation ni explication claire sur les raisons ou sur l’utilisation future des fonds, ressemble à un coup de force. Le communiqué du 7 janvier est laconique. Il annonce, mais n’explique pas. Radio Okapi elle-même n’a pu obtenir d’éclaircissements de la part du directeur provincial. Ce manque de transparence nourrit les pires suspicions. À quoi a servi l’argent collecté précédemment ? Quel plan concret de réhabilitation des infrastructures est prévu avec les nouveaux fonds ? La jeunesse, en bloquant symboliquement cette reprise, pose une question fondamentale sur la gouvernance et la reddition des comptes.
La réaction des autorités, par la répression de la marche, envoie un signal dangereux. Elle traduit une incapacité ou une réticence à dialoguer, préférant le silence imposé à la négociation. Pourtant, la demande des jeunes est un socle pour un contrat social renouvelé : nous payons, vous réalisez. C’est la base de toute légitimité fiscale. En refusant d’entendre ce message, les autorités locales et provinciales risquent de creuser un fossé d’incompréhension avec une génération qui réclame simplement de la dignité et du service public. Les routes délabrées Kongolo ne sont pas qu’un problème de mobilité ; elles sont le symbole d’une administration défaillante et d’une promesse non tenue.
Au-delà de Kongolo, cet épisode interroge sur le modèle de développement à l’œuvre dans de nombreuses provinces de la RDC. La fiscalité locale peut-elle se résumer à une ponction sans vision ? Comment restaurer la confiance entre les citoyens et l’État quand les contributions semblent s’évaporer ? La jeunesse de Kongolo, par son courage, a mis le doigt sur une plaie béante : l’absence de redevabilité. Son combat n’est pas celui d’une poignée d’agitateurs, mais l’expression d’une aspiration collective à voir ses impôts transformés en écoles, en centres de santé, et surtout, en routes praticables. L’enjeu est de taille. Soit les autorités saisissent cette occasion pour engager un dialogue constructif et tracer une feuille de route claire pour la réhabilitation des infrastructures, soit elles enterrent la contestation dans la force et préparent le terrain pour de futures explosions sociales. La balle est dans leur camp. L’avenir de la cohésion sociale à Kongolo se joue aujourd’hui sur le bitume, ou plutôt, sur son absence.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
