Des allégations graves de tortures et de détentions arbitraires ont été portées contre l’administrateur du territoire de Dekese, dans la province du Kasaï, par le Réseau de protection des défenseurs des droits humains. Ces pratiques, survenues dans le cadre d’une affaire de viol présumé, violent selon l’organisation les procédures judiciaires en vigueur et soulèvent de sérieuses questions sur le respect des droits fondamentaux dans la région. La situation actuelle à Dekese illustre-t-elle un recul inquiétant de l’État de droit dans certaines zones de la République Démocratique du Congo ?
L’administrateur du territoire, identifié comme étant Patrick Basa, est directement mis en cause pour son implication présumée dans des actes de violence et des privations de liberté survenues la semaine dernière. Le Réseau de protection des défenseurs des droits humains au Kasaï affirme que ces actions ont été perpétrées sous prétexte de recherches concernant le viol présumé d’une jeune fille. Les procédures légales, normalement encadrées par le code pénal et la constitution, auraient ainsi été ignorées, remplacées par des méthodes expéditives et brutales.
Parmi les victimes de ces tortures à Dekese figure Jonas Mboyo, dont le témoignage détaillé a été recueilli par les défenseurs des droits humains. Celui-ci relate avoir été sauvagement battu par un groupe dirigé par l’administrateur Patrick Basa, puis arbitrairement détenu avec son fils. « Je venais de Nyasa Inga le dimanche 4 janvier. En arrivant chez mon fils, j’ai vu le véhicule de l’AT Patrick Basa. Dès qu’il est entré dans la parcelle de mon fils, il m’a giflé et a ordonné à ses hommes de me tabasser. Ils m’ont frappé violemment avant de m’emmener en prison. Là-bas, il a encore donné l’ordre de me battre jusqu’à me blesser gravement », a déclaré Jonas Mboyo, niant toute responsabilité dans l’affaire de viol présumé qui sert de prétexte à ces violences.
L’état de santé des victimes de ces tortures à Dekese préoccupe profondément les acteurs locaux. Le Réseau insiste sur la nécessité d’une prise en charge médicale urgente pour Jonas Mboyo et les autres personnes ayant subi des sévices. Ces détentions arbitraires dans le Kasaï, si elles sont avérées, constituent une violation flagrante des dispositions légales qui régissent l’arrestation et la garde à vue. Comment expliquer que des représentants de l’État puissent se substituer à l’autorité judiciaire et user de la force de manière aussi illégale ?
Contacté pour répondre à ces accusations, l’administrateur du territoire Patrick Basa a catégoriquement démenti les faits qui lui sont reprochés. Dans sa version des événements, il se présente comme la victime d’une agression de la part de la famille du présumé violeur, famille à laquelle appartiendrait Jonas Mboyo. Ce déni contraste fortement avec les affirmations des défenseurs des droits et le récit circonstancié de la victime, créant une contradiction qui ne pourra être levée que par une enquête indépendante et impartiale.
Face à cette situation, le Réseau de protection des défenseurs des droits humains a lancé un appel pressant aux autorités judiciaires de la province du Kasaï. L’organisation exhorte le parquet et les tribunaux compétents à se saisir rapidement de l’affaire pour établir les responsabilités et garantir que justice soit rendue. La crédibilité du système judiciaire congolais est-elle en mesure de s’imposer face à des allégations impliquant un administrateur territorial ? La rapidité et la transparence de la réaction des magistrats seront scrutées.
Les pratiques dénoncées – tortures, passages à tabac et détentions sans mandat – rappellent malheureusement des schémas récurrents dans certaines régions, où l’impunité semble parfois prévaloir. L’affaire du viol présumé à Dekese, quelle que soit sa véracité, ne saurait justifier en aucun cas des violations aussi graves des droits de l’homme. Le rôle des défenseurs des droits humains au Kasaï est précisément de documenter ces abus et de plaider pour le respect des garanties procédurales, essentielles à tout État de droit.
La suite de cette affaire dépendra donc de la diligence des autorités judiciaires. Une instruction devrait être ouverte pour vérifier les allégations de tortures portées contre l’administrateur Patrick Basa et éclaircir les circonstances exactes des événements du début janvier. La protection des victimes et des témoins, ainsi que leur accès aux soins, doit être une priorité absolue. L’ensemble de la communauté attend des actes concrets qui démontrent que nul n’est au-dessus de la loi, y compris les représentants de l’administration territoriale.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
