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Insécurité en Ituri : 17 ans après la loi, des milliers d’enfants privés de leurs droits

La voix de David Kalume, point focal des encadreurs d’enfants en Ituri, résonnait d’une lassitude teintée de colère lors d’un récent point de presse à Bunia. « Que reste-t-il de l’innocence ? » semblait-il demander, sans vraiment poser la question, en dressant un bilan accablant de la situation des plus jeunes, dix-sept ans après l’adoption de la loi congolaise de 2008 portant protection de l’enfant. Le constat est sans appel : dans l’ombre des conflits et de la cupidité, des milliers d’enfants voient leur enfance confisquée et leurs droits les plus fondamentaux systématiquement piétinés.

Dans les territoires en proie à l’insécurité chronique, la loi n’est qu’un lointain idéal. Le Comité provincial des enfants en Ituri l’affirme : des enfants sont arrachés à leur famille pour être enrôlés de force dans des groupes armés. D’autres, plus sinistrement encore, servent de boucliers humains, leurs petits corps devenant des monnaies d’échange dans des guerres qui les dépassent. Comment une société peut-elle en arriver là ? La protection de l’enfant en RDC semble vaciller là où la violence s’enracine, laissant une génération entière grandir dans la peur et la trahison.

Mais l’horreur ne s’arrête pas aux zones de combat. Elle se niche aussi au cœur de l’économie informelle. Dans les centres urbains et, de manière particulièrement criante, dans les zones minières, une autre forme d’exploitation sévit. Des enfants, dont les mains devraient tenir des crayons, sont ployés sous le poids de travaux pénibles. Ils creusent, tamisent et portent au profit d’entreprises ou de particuliers sans scrupules, leur santé et leur avenir sacrifiés sur l’autel du profit immédiat. L’exploitation minière des enfants est une réalité brutale qui alimente des circuits économiques tout en détruisant des vies.

Le plus glaçant, peut-être, est que ces violations persistent dans les lieux mêmes censés être des refuges. Dans certaines écoles et églises, pourtant piliers de la communauté et garants supposés de moralité, les droits des enfants continuent d’être bafoués. Pis encore, un fléau persistant frappe certains enfants de la province : l’accusation de sorcellerie. Cette stigmatisation absurde ouvre la porte à des violences physiques extrêmes, à des flagellations et à des rejets familiaux, brisant des destins dans l’indifférence quasi générale.

Face à ce tableau sombre, l’appel du Comité provincial est un cri d’alarme. Il ne s’agit plus seulement de voter des textes, mais de les faire vivre. La loi protection enfant 2008 existe. Où est sa force ? Sa vulgarisation et son application effective exigent une implication accrue de tous les acteurs : autorités, société civile, chefs communautaires et familles. Protéger l’enfant n’est ni une option ni une faveur, c’est une obligation légale, morale et nationale qui engage l’avenir même du pays.

La solution passe inexorablement par la restauration de l’autorité de l’État. En Ituri comme ailleurs en RDC, la sécurité et la justice sont les piliers sans lesquels toute avancée est illusoire. Sans présence étatique forte et bienveillante, les discours sur les droits des enfants restent lettre morte. La communauté internationale, souvent témoin de ces drames, a aussi un rôle à jouer pour soutenir les mécanismes de protection locaux.

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir ce que dit la loi, mais pourquoi elle échoue à protéger les plus vulnérables. L’insécurité pour les enfants au Congo est une urgence absolue qui dépasse le cadre humanitaire pour toucher à l’essence de la nation. Chaque enfant soldat, chaque mineur exploité, chaque enfant accusé à tort est un échec collectif. Le temps n’est plus aux constats, mais à l’action déterminée. L’enfance en Ituri attend, impatiemment, que ses droits cessent d’être une promesse vide pour devenir une réalité tangible.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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