Mercredi à Luanda, le président angolais João Lourenço, également président en exercice de l’Union africaine, a reçu des responsables religieux congolais pour examiner la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo. Cette rencontre, à l’initiative du chef de l’État angolais, s’inscrit dans une dynamique diplomatique intense mais aux résultats encore incertains. Quelques jours après deux déplacements, en moins d’une semaine, du président congolais Félix Tshisekedi à Luanda, cette consultation avec la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’ECC révèle la volonté de Luanda d’élargir le cercle des interlocuteurs. Pourtant, derrière ces gestes d’ouverture, les négociations sur les six protocoles destinés à compléter l’accord-cadre avec l’AFC/M23 demeurent dans l’impasse, selon des sources proches du dossier. La médiation de João Lourenço en RDC se heurte ainsi à des blocages structurels qui interrogent sur son efficacité réelle.
Le retour progressif et discret de l’Angola dans le dossier congolais, après son retrait annoncé en mars 2025, pose question. João Lourenço a-t-il les moyens de son ambition ? Les propositions soumises à Félix Tshisekedi restent lettre morte, et aucun nouveau processus de paix n’a été officiellement lancé. Cette médiation angolaise, bien que soutenue par des échanges avec le Qatar – où Doha a réaffirmé son attachement au dialogue –, semble buter sur les mêmes écueils que par le passé. La crise dans l’est du Congo exige pourtant des actions concrètes, au-delà des consultations. Les visites répétées de Tshisekedi à Luanda, un rythme inhabituel, trahissent l’urgence perçue par Kinshasa, mais aussi l’absence de feuille de route claire. Le président angolais joue gros avec cette initiative, dont l’échec pourrait fragiliser durablement son crédit diplomatique et celui de l’Union africaine.
Dans ce paysage complexe, la diplomatie angolaise a également pris contact avec le groupe politico-militaire AFC/M23. Son coordonnateur, Corneille Nangaa, a adressé une lettre à João Lourenço pour obtenir des clarifications sur la nature de l’initiative, notamment sur l’éventuelle ouverture d’un nouveau processus. Cette méfiance illustre les défis de toute médiation : satisfaire à la fois les exigences de légitimité de Kinshasa et les demandes de garanties des groupes armés. Parallèlement, l’ancien président Joseph Kabila a été reçu à Luanda, suivi d’une délégation de son camp, signe que Luanda tente de mobiliser tous les leviers politiques congolais. Mais cette approche inclusive suffira-t-elle à débloquer les négociations avec l’AFC M23, alors que les protocoles d’accord sont au point mort depuis des mois ?
La séquence diplomatique s’est élargie avec l’implication du Togo. Le président congolais s’est rendu à Lomé pour une séance de travail avec Faure Essozimna Gnassingbé, président du Conseil de la République togolaise et médiateur désigné par l’UA. Cette implication togolaise, qui succède à celle de l’Angola, vise à renforcer la coordination des initiatives de paix. Le Togo prévoit d’organiser le 17 janvier une réunion de haut niveau sur la paix dans la région des Grands Lacs, prolongeant les efforts internationaux comme la conférence de Paris d’octobre 2025. Cependant, cette multiplication des acteurs et des forums ne risque-t-elle pas de diluer les responsabilités et d’alimenter la confusion ? Faure Gnassingbé hérite d’un dossier épineux, où les attentes sont immenses mais les compromis rares.
Au final, cette effervescence diplomatique aboutira-t-elle à une percée, ou n’est-elle que le reflet des divisions régionales ? La sécurité en RDC, sous l’égide de l’Union africaine, nécessite plus que des consultations ; elle exige des engagements fermes et une volonté politique inébranlable. Les prochains enjeux se concentreront sur la réunion de Lomé et la capacité des médiateurs à imposer une timeline contraignante. Sinon, ces manœuvres risquent de n’être qu’un épisode de plus dans une crise chronique, où les populations de l’Est continuent de payer le prix de l’instabilité. La crédibilité de l’UA et de ses représentants, de João Lourenço à Faure Gnassingbé, est en jeu dans cette médiation cruciale pour la stabilité du Congo et de toute l’Afrique des Grands Lacs.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
