Alors que la Première ministre Judith Suminwa plaide pour une transition verte au sommet de l’Abu Dhabi Sustainability Week, un autre front, politique celui-là, se dessine à Luanda. La République démocratique du Congo semble ainsi mener une double bataille : celle de sa crédibilité sur la scène internationale des enjeux climatiques et celle, plus épineuse, de la recherche d’une paix introuvable à l’Est. Cette simultanéité des agendas interroge sur la capacité du gouvernement à mener de front une diplomatie économique offensive et une résolution durable d’une crise sécuritaire qui mine le pays depuis des décennies.
La participation de Judith Suminwa au prestigieux sommet d’Abu Dhabi n’est pas anodine. Il s’agit d’une opération de séduction à haut risque visant à inscrire la RDC dans le cercle très fermé des acteurs incontournables des négociations climatiques et énergétiques globales. Portant le discours du « pays-solution », le gouvernement congolais tente de convertir ses immenses atouts naturels – forêts, minerais stratégiques, potentiel hydroélectrique – en leviers de croissance durable. L’objectif affiché est clair : attirer les investisseurs et sceller des partenariats structurants qui dépasseraient le stade de l’exploitation prédatrice. Cette présence à Abu Dhabi relève d’une diplomatie économique calculée, cherchant à capitaliser sur l’urgence climatique mondiale pour servir un développement national. Mais cette stratégie, aussi louable soit-elle sur le papier, pourra-t-elle résister à la réalité d’un environnement des affaires souvent décrié et à l’instabilité chronique de l’Est du pays ?
Car dans le même temps, les contours d’un dialogue national se précisent à Luanda, sous médiation angolaise et avec l’implication du nouvel envoyé de l’Union africaine, Faure Gnassingbé. L’approche d’acteurs aussi divers que l’ancien président Joseph Kabila, la plateforme religieuse CENCO-ECC ou la rébellion du M23/AFC dessine les linéaments d’une possible sortie de crise. Pourtant, l’initiative est accueillie avec un scepticisme prononcé par une partie de la presse kinoise. Certains éditorialistes pointent le risque d’un dialogue « sans sens », incapable d’apporter une solution à une guerre d’agression, et suspectent des « agendas cachés » derrière les appels répétés à la concertation. Cette méfiance révèle les profondes fractures et la lassitude d’une opinion publique qui a vu se succéder, sans succès concluant, de multiples processus de paix.
La juxtaposition de ces deux événements majeurs – le sommet d’Abu Dhabi sur le développement durable et les prémisses du dialogue de Luanda sur la crise sécuritaire – pose une question fondamentale de gouvernance. Le gouvernement peut-il véritablement promettre un avenir vert et prospère aux investisseurs internationaux tant que la sécurité dans ses provinces orientales n’est pas assurée ? La revue de presse kinoise du 14 janvier 2026 capture parfaitement cette tension entre une ambition internationale affirmée et des réalités internes paralysantes. La crédibilité du plaidoyer de Judith Suminwa à Abu Dhabi repose, en filigrane, sur la capacité de son gouvernement à résoudre l’équation sécuritaire à l’Est. Sans paix, les promesses de stabilité nécessaires aux investissements durables risquent de rester lettre morte.
Les prochains enjeux sont donc doubles et intimement liés. D’une part, il faudra traduire en contrats et en projets concrets les contacts pris à Abu Dhabi, prouvant que la RDC est bien un partenaire fiable pour la transition énergétique mondiale. D’autre part, le processus de Luanda devra démontrer son efficacité en obtenant des engagements vérifiables de tous les acteurs, en particulier des groupes armés, pour une cessation définitive des hostilités. L’échec sur l’un de ces deux fronts pourrait durablement compromettre les avancées sur l’autre. La balle est désormais dans le camp des autorités congolaises, qui doivent faire la preuve qu’elles peuvent mener une stratégie cohérente sur deux tableaux aussi exigeants. Le risque, en cas d’échec, est de voir la RDC retomber dans le cycle infernal des promesses non tenues et des processus de paix sans fin, loin de l’image de « pays-solution » qu’elle tente aujourd’hui de projeter.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
